Lettre ouverte : À celles et ceux qui refusent l’ouverture de la Procréation médicalement assistée à toutes les femmes

Le 27 juin 2017, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu un avis favorable à l’ouverture de la Procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, quelle que soit leur situation matrimoniale.

Ce même avis, consultatif, maintient l’opposition du CCNE à l' »autoconservation ovocytaire » (le fait pour une femme de faire congeler ses propres ovocytes afin d’en permettre l’insémination plus tard) et à la Gestation pour autrui (GPA, les « mères porteuses »).

Le 12 juin 2019, le Premier Ministre Édouard Philippe a déclaré à l’Assemblée nationale qu’un projet de loi bioéthique, promesse présidentielle, était prêt, que l’ouverture de la PMA à toutes les femmes y était inscrite et que ce projet de loi devrait passer en Conseil des ministres en juillet pour être adopté par le Parlement en septembre. La grave injustice que comporte le droit français, qui réserve la PMA aux couples hétérosexuels infertiles mais en âge de procréer, serait ainsi supprimée.

Le Parti Pirate, attaché qu’il est à l’égalité, notamment entre les genres et les orientations sexuelles, attachement sanctionné par l’article VIII de son Code des Pirates, soutient cette évolution de manière claire et non-ambiguë.

Samedi dernier pourtant, le Parti Pirate a reçu un courrier électronique d’une organisation qui se fait appeler « L’Avenir pour tous » (quelle originalité !) et qui, par une longue et confuse argumentation, tente d’expliquer en quoi cette loi constituerait un péril pour rien de moins que l’espèce humaine. Il serait facile de montrer son caractère excessif et de la rejeter en invoquant la célèbre formule de Talleyrand : ce qui est excessif est insignifiant. 

Malheureusement, les grands mots impressionnent et il est indéniable qu’une partie de la population française, très minoritaire mais bien réelle, est effrayée par les menaces de cataclysme cosmique qu’on lui promettait au demeurant déjà lors de l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels en 2013. Il est donc peut-être nécessaire de prendre le temps de répondre à ce qu’une extraordinaire bienveillance nous fera nommer « arguments ».

Après une lecture laborieuse du message, il semblerait que ces arguments soient essentiellement de trois types : la disparition du père, la marchandisation de la reproduction humaine et le transhumanisme. 

Prenons-les l’un après l’autre et répondons point par point.

Le don de gamètes, en France, est anonyme. Il en découle logiquement qu’effectivement, un enfant né d’une PMA utilisant un spermatozoïde issu d’un tel don ne connaîtra jamais l’identité de son géniteur. C’est sans doute là l’argument le plus audible dans la population générale. Il faut cependant se rendre à l’évidence : rien ne montre qu’un enfant ait besoin d’une femme et d’un homme pour se développer psychologiquement. Un enfant a besoin de stabilité et d’amour, un couple homoparental ou un parent seul peuvent tout à fait procurer cela à un enfant. Combien de familles monoparentales subies ont élevé des enfants parfaitement sains et équilibrés alors même que cette situation n’était pas un choix et qu’elle est souvent la résultante d’un conflit ou d’un drame ? Il n’y a donc aucune raison de penser qu’une famille monoparentale choisie conduise au moindre déséquilibre. Il en va de même pour les couples homosexuels. Même ceux, qui au sein du CCNE, se sont opposés à la décision de soutenir cette ouverture ont dû reconnaître qu’aucune étude ne permettait de fonder leur opinion.

La figure d’un père n’est en rien « nécessaire ». La parentalité, même lorsque les parents sont aussi les géniteurs, est toujours une construction sociale. Est parent celui ou celle qui souffle sur les bobos, celui ou celle qui se réveille la nuit pour calmer un enfant ayant fait un cauchemar, celui ou celle qui pleure ou retient ses larmes lorsque l’enfant prend le bus pour un voyage scolaire, celui ou celle qui se met en colère lorsqu’un enfant refuse d’écouter, celui ou celle qui regrette d’avoir eu des mots trop durs pour une bêtise qui n’était pas si grave, celui ou celle qui ressent de la fierté pour le moindre accomplissement, même trivial, celui ou celle qui a peur lorsqu’un adolescent déjà presque adulte rentre tard, … C’est de cela dont a besoin un enfant et la génétique et le genre n’y jouent aucun rôle.

À ce premier argument faible s’ajoutent des arguments complètement fantaisistes.

En premier lieu, sur la marchandisation de la reproduction humaine, le CCNE comme le gouvernement ont été clairs sur leur refus de la GPA, or le message de L’Avenir pour tous entretient sciemment la confusion entre la PMA et la GPA. Si les arguments contre la GPA sont audibles, entretenir une telle confusion n’est pas une attitude honnête permettant le débat. Qu’y a-t-il en effet de marchand dans un acte médical fondé sur le don de gamètes ? Le message met en avant l’idée que les donneurs de sperme seront « bien sûr » à terme rémunérés pour ce don, à cause du manque de donneurs : il n’y a cependant aucune suite logique. Fonder son refus sur des potentialités non-nécessaires est juste un acte de mauvaise foi. Le sang continue de manquer dans nos hôpitaux, qui propose sérieusement de rendre le don de sang rémunéré ?

Enfin, le message parle à plusieurs reprises de transhumanisme et d’eugénisme. Le transhumanisme est un courant philosophique prônant l’utilisation de la technologie pour modifier la condition humaine. L’eugénisme est un courant plus ancien au but identique, mais qui prône pour y parvenir la sélection génétique. Rien dans la pratique de la PMA aujourd’hui ne sera changé par la loi, seul le public y ayant accès changera. Si la PMA est une pratique eugéniste, pourquoi l’accepter pour les couples hétérosexuels infertiles ? Certaines pratiques, comme le diagnostic pré-implantatoire (DPI, le fait de faire une analyse génétique des embryons issus de fécondation in vitro pour rechercher les gènes conduisant à des maladies génétiques extrêmement graves et incurables) posent de véritables questions éthiques. Mais ces débats n’ont rien à voir avec l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes. Il s’agit simplement, une fois encore, de faire peur.

Mais pourquoi faire peur ? Pourquoi L’Avenir pour tous combat-il tellement cette modification de la loi comme il combat le mariage homosexuel ? La raison est probablement bien moins reluisante que la lutte contre l’eugénisme, qui est un combat noble. Mais nous laisserons le lecteur se faire son opinion sur cette question.

En attendant, le Parti Pirate réitère son attachement raisonné et raisonnable à l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes, met en garde contre l’accroissement des violences liées à l’orientation sexuelle qui peut avoir lieu si des tribunes sont offertes aux personnes qui luttent contre tout droit pour les personnes non-hétérosexuelles, dont le simple droit d’exister et de vivre au grand jour, et continuera à lutter pour l’égalité et la dignité au-delà du genre, au-delà des préférences sexuelles.