Les fondamentalistes du tout économique veulent vendre votre vie privée

Pour une fois ce n'est pas le terrorisme qui est mis en avant pour vous traquer mais la liberté de commercer en paix NOS données personnelles.
Alors que tout allait bien et que la défense des droits des internautes progressait, les conservateurs (Parti populaire européen [PPE] et Conservateurs et réformistes européens [ECR]) sabotent toute démocratie interne et lèvent tous les vetos possibles pour que le consensus protecteur de nos droits soit mis à mal. 
 
La liberté d'user des données de l'autre deviendrait-elle alors la première des libertés à l'instar de la sécurité ?
 

Le e-Privacy c'est quoi ?

Depuis 2012, l'Union européenne a décidé de réformer ses règles concernant la protection des données. 
En mai 2018 s'appliquera déjà un premier règlement, le GDPR / RGPD ou Règlement Général de la protection des Données. Ce règlement a pour objectif d'encadrer et de renforcer la protection des données personnelles des résidents de l'Union européenne.
Le règlement e-Privacy a pour objectif de renforcer la protection des communications des internautes en ligne et hors ligne. Cookies, confidentialité des méta données de communications sont par exemple traités par ce règlement.
 

Quelles propositions ? 

La Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du parlement européen (LIBE) est parvenue, dans le cadre de la réforme concernant la protection des données, aux règles suivantes : 
 
  • Une interdiction explicite des "tracking walls", c'est-à-dire que si vous ne consentez pas à être traqué (en refusant les cookies, par exemple), vous devriez malgré tout pouvoir avoir accès au site internet où à l'application. 
  • Vie privée par défaut : chaque fois que vous installé un navigateur ou un système d'exploitation, tous les paramètres garantissant le respect de la vie privée (par exemple, le do-not-track) devraient être activés par défaut. 
  • Pas de "traitement ultérieur" ou d'"intérêts légitimes" comme base pour le traitement des données comme le veut l'industrie (et le PPE). Le consentement de l'utilisateur devrait être la base de ce processus.
  • Mesure des audiences web : le texte apporte un important pas en avant en permettant "de mesurer la portée d'une information d'une société de service" avec de véritables garde-fous, et uniquement dans un but statistique. Les seules atteintes à la vie privées autorisées seraient : protection de la sécurité nationale ou lutte contre la criminalité organisée, les gouvernements pourraient restreindre les droits du la réglementation e-Privacy (article 11) mais dorénavant, il y a des garde-fous clairement établis et une obligation de documentation pour plus de transparence. 
  • Le chiffrement de bout en bout est inscrit dans le texte final avec une interdiction claire des backdoors.
 
Oui ces propositions sont protectrices pour nos personnes, nos données. Elles mettent la personne au cœur du consentement, valeur prônée dans bien des situations, à raison.
 

Mais pourquoi ce texte est-il menacé ? 

Pendant ce temps, la Commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie (ITRE) et la Commission Marché intérieur et protection des consommateurs (IMCO), ainsi que les PPE et ECR au sein de la LIBE pensent autrement. Avec les premiers, il faudrait ouvrir un dialogue entre ces trois commissions afin d'approfondir un nouveau consensus, ce que préconise la LIBE. Ce n'est pas le point de vue des PPE et ECR. Ces derniers préfèrent envoyer le texte à une réunion plénière du parlement où il pourra alors être saccagé, déformé, vidé par le jeu des amendements et des pressions des lobbies des industries au nom d'une économie profondément liberticide s'appuyant, entre-autre, sur la méconnaissance des usager-e-s des internets quant aux outils protégeant leur vie privée.
 

En conclusion ?

Il faut soutenir la LIBE dans sa volonté de consensus. Il faut, en tant que citoyen-ne européen-ne qui voit tous les jours ses libertés s'amenuir grâce au terrorisme, appeler, faire pression sur les parlementaires européens pour éviter qu'un nouveau front s'ouvre par le biais des industries ou bientôt les seules libertés qui nous resteront seront celles de remercier nos dirigeant-e-s pour nous surveiller et nous laisser consommer, ce qui serait "double-plusbon" pour nous, le Peuple.
 
Pour aller plus loin : 
 
Illustration :CC BY-SA 3.0 Nick Youngson