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Vaccins et société : Viralité d’une complémentarité

Publié le 04/02/2021
  • Baptman
  • Faro
  • Florie

Alors que nous sommes en pleine campagne mondiale de vaccination contre le Covid-19, que savons-nous vraiment de la vaccination, de ses principes et de son évolution au cours de l’histoire de la médecine ?

Entre les stratégies vaccinales, les statistiques, les projections, les discours pro- et anti-vaccination et les informations souvent contradictoires, comment prendre le recul nécessaire pour comprendre toutes ces données ?

Dans cet article, nous proposons de fournir des bases de connaissances claires sur l’un des plus grands enjeux de santé publique.

La vaccination : comment ça fonctionne ?

La vaccination est un processus qui consiste à inoculer une version amoindrie (inactive, atténuée, tuée) d’une substance microbienne spécifique d’une maladie (bactérie, virus, toxine) à un individu afin de le prémunir à l’égard de cette même maladie (voire d’autres maladies). L’individu, lors du processus de vaccination, va déclencher une réaction immunitaire à la substance injectée et enrichir sa mémoire immunitaire. L’objectif d’un vaccin est donc de rendre plus efficace la réponse naturelle du système immunitaire face à une contamination ultérieure. La vaccination diminue ainsi les risques de gravité de la maladie cible, jusqu’à la neutraliser avant que le patient ne développe les symptômes1.

Un peu d’histoire

La vaccination trouve ses origines dans la recherche autour de la maladie épidémique de la variole, une maladie infectieuse d’origine virale très contagieuse.

La variole se manifeste par l’apparition de pustules sur l’ensemble du corps, accompagnés de réactions systémiques (état fébrile, céphalées…). Pour les cas les plus simples, cette maladie ne laisse que des cicatrices très prononcées et gênantes, mais pour les cas les plus avancés, elle peut entraîner la mort. Il est difficile de nos jours d’imaginer qu’elle est l’une des maladies transmissibles les plus sérieuses qu’ait connues l’humanité suite à son éradication dans les années 1980. Mortelle dans 20 à 40 % des cas, il n’existe, à ce jour, aucun traitement curatif, seulement un traitement préventif qui passe par la vaccination2.

Au cours du XVIIe siècle, la médecine chinoise découvre qu’un premier contact non mortel avec la maladie de la variole diminue la gravité d’une seconde contamination. À partir de ces observations, différentes techniques pour se prémunir de cette maladie sont élaborées, des techniques qu’on appelle « variolisation ». L’une de ces techniques, l’inhalation, qui deviendra rapidement la méthode la plus répandue, consiste à prélever sur un malade, avec un coton-tige, du pus qu’on introduit ensuite dans la narine d’un individu sain afin de faire travailler les poumons qui ont un rôle primordial dans la médecine chinoise. Une autre technique propose de faire porter par un individu sain les vêtements d’un individu malade3.

Durant le XVIIIe siècle, la variole s’est répandue en Europe, provoquant de nombreuses épidémies. La technique de la variolisation s’est transmise depuis la Chine jusqu’en Turquie, en passant par l’Inde et les Tartares, et c’est à Constantinople que la technique de variolisation par scarification est mise au point. La femme de l’ambassadeur d’Angleterre, Lady Mary Wortley Montagu, fait alors varioliser son fils sur place puis, à son retour à Londres, où une épidémie de variole sévit, sa fille. À partir de cette période, la variolisation va se répandre dans les hautes sphères de l’Europe. Il apparaît finalement qu’en outre du bénéfice personnel obtenu, on arrive à obtenir un effet bénéfique collectif en limitant l’impact des épidémies de variole45.

Si la méthode semble efficace, elle reste très risquée (transmission de maladies, hygiène précaire, décès,…) et dispose d’une portée plutôt limitée.

À la même époque, Edward Jenner, scientifique et médecin, né en 1749 et mort en 1823, théorise que l’on peut se protéger de la variole humaine en inoculant une maladie proche d’origine animale, la vaccine bovine, bénigne pour l’humain. Au cours de ses recherches, il observe que les trayeuses ayant contracté la vaccine bovine lors de leur travail sont résistantes à la variole humaine. En 1796, il inocule le virus de la vaccine bovine prélevé sur le bras d’une trayeuse à un jeune enfant, James Phipps, qui ne développera finalement jamais la variole au cours de son existence. Par la suite, il s’inspire des techniques de variolisation pour inoculer la vaccine de « bras à bras », une première. Jenner n’a pas inventé le procédé, mais il l’a théorisé, expliqué et expérimenté de manière méthodique.

En 1840, le gouvernement britannique interdit la variolisation au profit de la promotion de la vaccination rendue gratuite. Ainsi, au début du XIXe siècle, la vaccination se répand dans toute l’Europe et, au cours des années qui suivent, le procédé sera amélioré6.

Toutefois, la vaccination de l’époque doit encore être étudiée pour devenir efficace face aux autres maladies. En effet, pour chaque maladie, il faut trouver une maladie d’origine animale équivalente, bénigne pour l’homme, et qui permettrait de s’en prémunir.

Au cours du XIXe siècle, deux scientifiques vont révolutionner la compréhension des maladies en émettant l’hypothèse que celles-ci seraient causées par des micro-organismes. Ces deux scientifiques sont Louis Pasteur et Robert Koch, respectivement chimiste et médecin, et nourrissent une profonde rivalité l’un pour l’autre. Cette rivalité posera les bases de la microbiologie actuelle (culture sur milieu solide, amélioration de la microscopie,…) et donnera un nouvel essor à la vaccination.

Avec ses travaux sur la maladie du charbon, Koch est le premier à réussir à mettre en avant l’origine microbiologique d’une pathologie : il isole, cultive et prouve l’existence du bacillus anthracis responsable de cette maladie. Pasteur, alors en plein travaux sur les fermentations, reprend les travaux de Koch pour en arriver aux mêmes conclusions. Il décide alors de continuer l’exploration des micro-organismes. En théorie, le succès de la vaccination de Jenner résulte du fait que la vaccine était une forme atténuée du microbe de la variole. Pasteur émet alors l’hypothèse qu’au lieu de trouver une maladie bénigne pouvant immuniser contre la maladie cible, il suffit d’isoler le microbe responsable de la maladie et d’en atténuer la virulence.

C’est sur ces principes qu’il se met à travailler sur le choléra des poules et sur la bactérie responsable de la maladie (pasteurella multocida). Il démontre que l’inoculation d’une culture bactérienne vieillie (laissée à l’air pendant des vacances) n’est pas mortelle pour les poules, alors que l’inoculation d’une culture jeune, elle, l’est. En outre, les poules inoculées par la culture bactérienne vieillie résistent à une inoculation de culture jeune autrefois considérée comme mortelle. Les poules sont alors protégées, et Pasteur réalise la première vaccination par germe atténué. Il renouvelle l’expérience avec brio (et grandiloquence) sur une autre maladie : le bacillus anthracis.

Ayant convaincu une majorité de la science française, Pasteur présente ses travaux à l’échelle internationale. Le succès de ses travaux sur la rage assoit la vaccination comme procédé valide pour se prémunir de maladies mortelles et conduit à la création de l’Institut Pasteur en novembre 1888.

En parallèle de la vaccination, un autre médecin français, Maurice Raynaud, développe la technique de la sérothérapie, basée sur les observations de Jenner, qui permettra, plus tard, de mettre en avant un autre principe que les microbes dans les processus de guérison et protection : le système immunitaire.

L’ensemble de ces travaux se déroulent bien avant la reconnaissance formelle du rôle des microbes dans les maladies infectieuses, et bien avant la découverte du système immunitaire789.

Tout au long du XXe siècle, ces principes vont être améliorés, affinés au fur et à mesure des découvertes (notamment la différenciation entre virus et bactéries) et des connaissances.

Tout d’abord les mécanismes d’atténuation des micro-organismes sont améliorés. Puis, à partir de la moitié du XXe siècle, on délaisse l’utilisation de bactéries ou virus entiers pour passer à des fractions virales ou bactériennes. On parle alors de vaccins inactivés, dans lesquels des composants chimiques miment les antigènes des germes pathogènes pour déclencher l’immunité. On met alors en place des vaccins dits prospectifs, face à des virus en constante adaptation (comme celui de la grippe), dans lesquels les chercheurs tentent d’optimiser la composition vaccinale face à une épidémie en cours ou à venir.

À la fin du XXe, début XXIe siècle, la recherche vaccinale se concentre finalement sur le procédé de vecteur viral ou de vaccins à acide nucléique10.

Refus des vaccins, une histoire récente ?

Tout au long de son histoire, la vaccination a eu ses détracteurs.

Comme le rappelle l’historien Laurent-Henri Vignaud dans ses entretiens et dans ses livres, « dès qu’il y a eu vaccin, il y a eu anti-vaccin ». Vignaud identifie d’ailleurs plusieurs arguments récurrents dans l’argumentaire anti-vaccin11 :

  • L’argument dit « religieux » décrit toutes les maladies ou catastrophes comme une punition de Dieu, un jugement divin ;
  • L’argument dit « naturaliste » soutient qu’il faut laisser faire la nature. Les plus scientifiques diront qu’il faut laisser l’immunité collective se construire. Il s’agit d’une approche technophobe classique, la nature serait plus efficace que nos actions pour résoudre les problèmes. Certaines personnes questionnent même le fait que cette typologie de virus soit un problème, parlant alors de « sélection naturelle » ;
  • Un argument, encore très présent aujourd’hui mais qui reste pourtant le plus ancien, l’argument « politique » questionne le « profit économique ». Pasteur lui-même a affronté ces questions lors de sa première vaccination. Aujourd’hui, des personnes accusent les « Big Pharma » de ne chercher que le profit.

L’histoire se répète, et si les personnes changent, les arguments sont toujours les mêmes.

Différents types de vaccins

Comme à notre habitude, nous n’avons pas la prétention d’être exhaustifs sur les techniques vaccinales et leur domaine de recherche (notamment en immunothérapie). Pour aller au plus simple, nous vous proposons de regrouper les familles vaccinales selon deux grandes classes12 : Les plateformes vaccinales classiques et les plateformes vaccinales innovantes.

Les plateformes vaccinales classiques

  • Les vaccins vivants atténués13 : Il s’agit du procédé « historique » qui consiste inoculer un agent pathogène vivant mais dont la virulence a été atténuée par ses conditions de culture et qui, une fois injecté dans notre organisme, va stimuler notre système immunitaire. Si la possibilité d’atténuer un pathogène tout en conservant ses capacités vaccinales n’est pas une constante, ils possèdent une très bonne capacité à provoquer une réponse immunitaire (immunogénicité). Ces vaccins peuvent être sujets à des risques infectieux, donc pas recommandés pour les femmes enceintes ou des personnes en déficit immunitaire. On utilise ce procédé pour le vaccin ROR et contre la varicelle. Dans le cadre précis de la recherche sur le Covid-19, aucun vaccin utilisant cette technologie n’est utilisé à l’instant où nous publions ces lignes.

  • Les vaccins inactivés14 : Dans ce type de vaccin, l’agent pathogène a été tué par un procédé physico-chimique, il a perdu la capacité à se répliquer dans l’organisme mais il a conservé une intégrité physiologique pour être reconnu par le système immunitaire. Les vaccins inactivés sont moins immunogènes que les vaccins atténués, ils nécessitent donc des adjuvants permettant de booster la réaction immunitaire. Ils possèdent une réactogénicité (capacité à induire des effets secondaires locaux) plus importante que les vaccins atténués, mais n’ont aucun risque infectieux. Cette technologie est utilisée aujourd’hui pour l’hépatite A, la poliomyélite et certains vaccins contre la grippe. Dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, quatre vaccins sont utilisés : deux vaccins, dont le BBIBP-CorV, issus de la société chinoise Sinopharm en association avec l’Institut de Pékin pour l’un et de l’Institut de Wuhan pour l’autre. Un autre, le CoronaVac, est issu de la société chinoise Sinovac en association avec l’Institut brésilien Butantan. Et le dernier, le COVAXIN, est issu de l’association des Instituts indiens Bharat Biotech et ICMR.

  • Les vaccins sous-unitaires15 : Il s’agit de vaccins utilisant une portion microbienne issue d’une culture purifiée (souvent protéique). Tout comme les vaccins inactivés, ils ne contiennent pas de composants vivants de l’agent infectieux. Ils diffèrent de ces derniers par leur contenu composé uniquement de fragments antigéniques de l’agent infectieux, ils sont donc peu immunogènes. Il est nécessaire d’ajouter des adjuvants pour permettre de mettre en alerte le système immunitaire, et ils nécessitent plusieurs autres injections. Ils sont moins réactogènes, donc mieux tolérés, que les vaccins inactivés. Cette technologie est utilisée dans le cadre des vaccins contre l’hépatite B, la coqueluche, ainsi que pour certains vaccins contre la grippe. Pour l’heure, aucun vaccin issu de cette technologie n’est autorisée dans le cadre de la recherche sur le Covid-19. Le laboratoire Sanofi, en association avec le laboratoire britannique GKS, mène en ce moment les études de phase clinique 3 pour un candidat vaccin utilisant cette technologie1617.

Les plateformes vaccinales innovantes

Ces technologies se basent sur le génie génétique. Le principe sera de faire créer par nos cellules les éléments clés, inoffensifs pour notre organisme, de l’agent infectieux afin que notre système immunitaire puisse s’en prémunir. L’avantage de cette technique est d’apporter à la fois une réponse immunitaire, par la production d’anticorps comme dans les plateformes vaccinales classiques, mais aussi une réponse cellulaire avec les lymphocytes. Et enfin, autre avantage, ils ne nécessitent pas d’adjuvants.

  • Les vaccins à vecteurs viraux : Le principe de cette technologie est d’utiliser un autre virus que celui de la maladie cible comme véhicule d’un matériel génétique sélectionné du pathogène afin de nous prémunir contre la maladie cible. Les virus sélectionnés en tant vecteurs sont bénins pour l’homme, soit naturellement, soit par un processus d’atténuation. Lors de l’injection vaccinale, ce vecteur viral colonisera les cellules de l’hôte. Le matériel génétique de l’agent pathogène ainsi véhiculé à l’intérieur de notre organisme pourra être traduit par la machinerie cellulaire en une protéine vaccinale qui activera à son tour la réponse immunitaire. Le vecteur (véhicule) viral peut être non répliquant ou répliquant. Autrement dit, une fois à l’intérieur de la cellule, il peut se reproduire de manière autonome ou non. Ainsi, un vaccin à vecteur viral répliquant est contre-indiqué chez les personnes immunodéprimées. Les adénovirus humains et non humains sont aujourd’hui les plus utilisés dans le développement de vecteurs non réplicatifs notamment parce qu’ils ne peuvent pas se répliquer après avoir infecté une cellule. Dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, pour l’heure, 3 vaccins autorisés utilisent cette technologie : Le ChAdOx1 nCoV-19 du laboratoire anglais AstraZeneca, en association avec l’Université d’Oxford18, le Spoutnik V de l’Institut russe Gamaleya Research et l’AD5-nCoV du laboratoire chinois CanSino Biologics, ce dernier étant réservé uniquement à l’armée chinoise. Pour illustrer le principe des vecteurs répliquants (qui peuvent se reproduire), le vaccin contre Ebola a été fabriqué par le laboratoire Merck en 2016 en utilisant le virus de la stomatite vésiculeuse. Dans le cadre du Covid-19, l’Institut Pasteur a mené à leur terme des essais de phase clinique sur un vecteur viral de la rougeole atténué, mais faisant face à des résultats intermédiaires insatisfaisants, l’Institut a arrêté les recherches pour ce candidat vaccin le 25 janvier dernier19. Le matériel génétique du pathogène, qui est associé au vecteur viral, est un des éléments clés du vaccin : dans le cas du Covid-19, il s’agit généralement du matériel génétique correspondant au codage de la protéine S (extraite du virus), protéine jugée la plus stable malgré les mutations du virus.2021

  • Les vaccins à acides nucléiques : Ces vaccins ne contiennent qu’un matériel génétique, soit de l’ADN (acide désoxyribonucléique), soit de l’ARN (acide ribonucléique). Ce matériel est synthétisé en laboratoire après observation de la souche virale cible et la détermination de l’élément clé codant pour une protéine virale inoffensive et vaccinante. Autrement dit, on se sert d’une protéine qui est capable de déclencher une réaction immunitaire nous protégeant de la future infection. Il n’y a aucune source issue directement du virus qui est utilisée dans la conception de ces vaccins.

Pour les vaccins à ARN : Une fois injectés, les ARN vont pénétrer nos cellules et permettre directement la fabrication de protéines virales vaccinantes par nos cellules, entraînant la réponse immunitaire. Une fois exprimé, l’ARN est dégradé par nos cellules. L’ARN étant très fragile, il se doit d’être enveloppé dans une nanoparticule lipidique, également synthétisée en laboratoire, qui va fusionner avec la membrane de la cellule et libérer en son sein l’ARN. À l’instant où nous écrivons ces lignes, dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, 2 vaccins sont en cours d’utilisation, notamment en France : le vaccin COMIRNATY issu de l’association du laboratoire américain Pfizer et de la société allemande BioNTech, ainsi que le vaccin mRNA-1273 de la société américaine Moderna.222324

Pour les vaccins à ADN : L’ADN est synthétisé sous une forme circulaire fermée (plasmide). Une fois injectés dans l’organisme, ces plasmides vont intégrer nos cellules et pouvoir s’exprimer. Ainsi, un ARN spécifique se développe et entraine la création des protéines virales vaccinantes. Pour l’heure, aucun vaccin à ADN n’est utilisé contre le Covid-19 dans le monde25.

Et alors, c’est dangereux un vaccin ?

Question épineuse…

La défiance envers la vaccination pointe l’échec de la politique du risque et de son argument probabiliste, et cela depuis Charles Marie de la Condamine (géomètre et mathématicien du XVIIIe siècle), qui l’expose pour la première fois en 1754, devant l’Académie des sciences, en faveur de la variolisation26.

Mais qu’en est-il de l’effet réactogène des vaccins ?

Les vaccins, comme tout autre médicament, ont des effets secondaires. Une vaccination, ce n’est pas anodin, et de réelles contre-indications existent. En France, nous les trouvons sur les notices des produits ou en ligne.2728

Rappel : La Définition des fréquences
– Fréquent : entre 1 et 10% ;
– Peu fréquent : entre 0,1% et 1% ;
– Rare : entre 0,01 et 0,1% ;
– Très rare : <0,01% ou fréquence indéterminée

Des réactions locales

La plupart des vaccins, et ce peu importe la technologie vaccinale, provoquent fréquemment des réactions locales au site d’injection. Elles se manifestent principalement par des douleurs, des rougeurs, de la chaleur, et un léger gonflement. Elles sont généralement dues à la réaction inflammatoire locale en lien avec, par exemple, une hypersensibilité locale ou une intolérance à un adjuvant, et se dissipent en quelques jours. L’intensité de la réaction locale est propre à chaque individu, elle est plus marquée lors d’une vaccination sous-cutanée que lors d’une vaccination intramusculaire. Sur le long terme, certains vaccins peuvent laisser une légère cicatrice.

Des réactions systémiques

Ces réactions varient : de fréquentes à rares, elles sont le plus souvent non spécifiques, bénignes et transitoires, et le lien direct avec l’acte de vaccination n’est pas toujours observable. Dans les études cliniques, on observe des effets systémiques aussi au sein des groupes placebo. Ces réactions sont, pour les plus courantes, des céphalées, des myalgies, des frissons ou de la fièvre, parfois un malaise vagal lors de l’injection.

Dans le cas des vaccins inactivés, ces réactions générales interviennent dans les 48 heures et sont les marqueurs de l’activation immunitaire, elles sont moins marquées avec les vaccins sous-unitaires. Dans le cas des vaccins vivants atténués, elles surviennent généralement après plusieurs jours et sont les marqueurs de la réplication virale maximale (elles sont donc une forme atténuée et bénigne de la maladie).

Des réactions graves

Elles sont systématiquement de fréquences rare à très rare, voire indéterminées. Elles sont spécifiques pour chaque vaccin et bien établies avant la diffusion des vaccins en question puisqu’elles font l’objet d’attentions particulières et sont à l’origine des contre-indications. Ces réactions sont liées à une hypersensibilité sévère (allergie) à l’une des substances du vaccin, l’anaphylaxie étant la forme la plus grave de cette manifestation puisqu’elle conduit à une prise en charge médicale en urgence.2930

Des polémiques persistantes

Il existe différentes polémiques sur les vaccins en France, notamment sur la responsabilité des vaccins dans l’apparition de maladies chroniques graves et irréversibles.

Ainsi, en 1998, suite à des travaux publiés par Andrew Wakefield, le vaccin ROR a été incriminé comme étant responsable de l’apparition de troubles du spectre autistique31. Publié dans une revue prestigieuse, The Lancet, l’impact sociologique a été important, a marqué toute une génération et perdure jusqu’à nos jours. Pourtant, cette étude n’a jamais pu être reproduite avec des résultats similaires, aucune autre étude n’a pu mettre en cause le vaccin ROR dans l’apparition de troubles autistiques. Pire, l’étude de Wakefield était finalement frauduleuse, les résultats et les conclusions ont été manipulés, voire inventés, afin de satisfaire les intérêts de l’auteur. Et pour finir de décrédibiliser ces travaux, une enquête du journaliste Brian Deer, publiée en 2010, met en évidence les intérêts financiers de Wakefield dans la production de résultats à charge.32

Par ailleurs, certains vaccins (BHCG, anti-HPV) ont été accusés de provoquer l’apparition de maladies auto-immunes3334, notamment la sclérose en plaques. Aucune étude n’a révélé de lien de cause à effet, aucune étude n’a pu mettre en évidence une sur-apparition de sclérose en plaques sur le long terme. Seuls les syndromes de Guillain Barré et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, et ce dans de très rare cas, ont pu être liés statistiquement à une vaccination pour l’HPV (1 à 2 cas pour 100 000 personnes vaccinées).

Un autre symptôme, reconnu par l’ensemble des acteurs, celui de la Myofasciite à macrophage (MFM)35 qui provoque la formation d’une cicatrice au point d’injection, est quant à lui lié à un défaut d’élimination des adjuvants aluminium. Là où la controverse nait, c’est dans le devenir de cet aluminium. Une équipe de recherche française du centre de référence des maladies neuromusculaires du CHU de Créteil émet l’hypothèse, en 1998, que cette MFM locale pourrait être la cause d’effets systémiques chroniques par la migration de l’aluminium dans notre organisme (notamment dans le système nerveux central). Aucune étude n’est encore venue confirmer cette hypothèse ou l’écarter complètement. Le sujet fait débat dans la communauté scientifique sur la responsabilité éventuelle des adjuvants aluminiques puisque les vaccins ne sont pas notre seule source externe d’apport en aluminium. Et même si pour l’OMS, l’Académie des Sciences, l’Académie de Pharmacie, et le Haut Conseil pour la Santé Publique, la tendance est à l’innocuité des adjuvants aluminiques, il reste nécessaire de consolider les études.

Pour les nouvelles technologies vaccinales, l’ensemble des données repose sur les études de phase clinique 3 et sur les retours des comités régionaux de pharmacovigilance et de l’ANSM par le biais d’une plateforme dédiée. Deux contre-indications sont retenues pour les vaccins aujourd’hui utilisés : l’hypersensibilité connue à un des composants du vaccin d’une part, ainsi que la grossesse d’autre part, même si aucun effet tératogène n’a été observé pendant les essais cliniques.

En se basant sur les données des essais cliniques, on retrouve parmi les effets secondaires des effets locaux et systémiques qui se dissipent en quelques jours. Des effets secondaires plus rares ont été observés, comme la paralysie de Bell (non définitive) et des réactions anaphylactiques. En France, ce sont les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) qui se chargent de recueillir les signalements d’éventuels effets indésirables dans le cadre de la vaccination contre le Covid-19, qu’ils soient signalés par les professionnels ou bien directement par les personnes vaccinées.363738394041

On observe que, si les effets secondaires sont bien documentés et que la balance bénéfice-risque reste en faveur des vaccinations, les effets sociologiques d’une adhésion à la vaccination sont loin d’être établis. Globalement, la défiance se nourrit plus facilement que la confiance face à un danger et aux risques que nous pouvons appréhender. Pourtant, la solution se trouve rarement dans l’argument probabiliste de la politique du risque.

Selon l’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz, l’opinion, collective ou individuelle, se fabrique de manière artisanale et « il faut renoncer à l’idéal d’une machine à convaincre automatique produisant en série des opinions univoques » . Toujours selon Fressoz, « il convient de donner toute sa place à l’information statistique en donnant à voir au public les conditions de sa production et les limites de sa fiabilité » et permettre ainsi d’améliorer la pharmacovigilance.

La cohérence, la transparence ainsi que la possibilité d’échanger sur des impressions sont des pistes pour bouleverser les modèles de santé publique et l’adhésion de la population à ceux-ci. Peut-on continuer à assommer d’invectives, souvent contradictoires, une population en crainte d’une menace ? Ou devrions nous plutôt accompagner cette population avec une politique de réduction des risques grâce à laquelle le partage d’informations et d’expériences permettraient de nous prémunir contre ces menaces ?42

La stratégie vaccinale pour le Covid-19 en France

L’approvisionnement des vaccins en France passe par une stratégie européenne centralisée43 afin de favoriser le développement et la mise a disposition des technologies vaccinales pour ses États membres :

« Dans le cadre de sa stratégie en matière de vaccins, la Commission a conclu des accords avec différents producteurs de vaccins au nom des États membres de l’UE. Tous les États membres auront accès en même temps aux vaccins contre la COVID-19 une fois que ceux-ci seront disponibles, que leur innocuité et leur efficacité auront été démontrées et qu’ils seront autorisés à l’échelle de l’UE, et leur distribution se fera au prorata de la population afin de garantir un accès équitable »

Si la commission a signé en amont des contrats auprès de six laboratoires et dispose d’accords préliminaires auprès de deux autres laboratoires, c’est l’Agence Européenne du Médicament qui s’assure de l’autorisation de mise sur le marché et d’utilisation des produits vaccinaux sur les territoires européens.

À ce jour, l’AEM a validé le COMIRNATY du laboratoire Pfizer & BioNTech et le COVID-19 Vaccine Moderna du laboratoire Moderna. Elle évalue, à l’instant où nous écrivons ces lignes, la sécurité de deux autres vaccins : L’Ad26.COV2.S du laboratoire Janssen-Cilag et le ChAdOx1 nCoV-19 du laboratoire AstraZeneca en partenariat avec l’Université d’Oxford. Cette agence est aussi responsable de l’émission des directives concernant des pharmacovigilances spécifiques à ces traitements. Elle reste dans l’attente des études cliniques en cours dans les autres laboratoires auprès desquels les précommandes ont été passées, notamment Sanofi/GSK.

La Commission européenne prend également part dans le processus COVAX diligenté par l’OMS et Gavi afin d’assurer une juste équité dans le monde des vaccins et des traitements dans le cadre de la pandémie Covid-1944.

La France est dépendante des processus européens pour l’obtention de ces doses vaccinales. Ses autorités de sécurité sanitaire (ANSM, HAS) émettent en parallèle des avis et assurent la diffusion des données auprès du Gouvernement et des acteurs de la santé.

Fin 2020, le Gouvernement a établi un plan de stratégie vaccinale45 qui semblait tenir une ligne de conduite claire dans un chaos hebdomadaire de mesures sanitaires restrictives et un contexte sociétal difficile.

Début décembre, l’objectif était simple : vacciner les personnes les plus âgées résidant en établissement en phase 1 (soit 700.000 personnes) puis monter en puissance en phase 2 en priorisant les personnes fragiles et les soignants. Les problématiques aussi étaient identifiées : stockage et livraison complexes, double injection pour une vaccination correcte…

On retrouve alors les deux soucis que l’on rencontre depuis plusieurs années : une administration centralisée dépassée et des choix politiques complètement défaillants.

Après plus d’un an de gestion du Covid-19, Santé Publique France, les ARS et les différents comités d’éthique et de gestion du Covid-19 ont produit des procédures longues et complexes à la demande du Gouvernement qui a ensuite pris diverses décisions contradictoires au fil des mois, et nos administrations ont forcément eu du mal à suivre4647. La polémique sur les masques de l’année dernière semble si loin…

Ces problèmes ont été résolus en grande partie depuis, mais les décisions contradictoires du Gouvernement et ses communications politiques, pour le moins hasardeuses, enveniment grandement la situation.

Début janvier, sous la pression, on annonce une accélération de la vaccination, passant de 700.000 personnes prioritaires à presque 7 millions ! On pensait que les gens ne voulaient pas se faire vacciner, c’est l’inverse qui se produit.

Dans le même temps, les personnalités politiques locales, notamment au niveau des Régions, lancent appel sur appel pour « proposer de l’aide » sur la partie logistique, proposant d’ouvrir des centres de vaccinations, prenant des initiatives d’elles-mêmes, préparant surtout les élections régionales qui arrivent plutôt que la mise en place d’un plan raisonnable et raisonné.

Le résultat de ces errances est le même que pour le problème des masques en mars.

Les plateformes de prise de rendez-vous ouvrent et ferment aussitôt, les plannings se remplissent en quelques heures pour les prochains mois. On donne alors l’impression d’une pénurie et d’un manque de transparence là où, en réalité, nous sommes simplement livrés des quantités prévues. On rentre alors dans un cercle vicieux dans lequel chaque délai donne la possibilité pour un élu local de se mettre en avant en critiquant une défaillance de l’État ou du Gouvernement, et chaque communication de chiffres, donnée sans contexte, provoque l’incompréhension48.

Il serait prétentieux de juger de manière opportuniste une action en cours alors que pointent à l’horizon des soucis de livraison inhérents aux laboratoires. Si les soucis d’acheminement du « dernier kilomètre » et de stockage des doses vaccinales semblent résolus, cette organisation fonctionne à flux tendu depuis quasiment un an et est peu scrupuleuse de l’état des acteurs qui exécutent les girouettes stratégiques d’un Gouvernement qui s’organise dans la recherche permanente d’une opinion populaire favorable.

Peut-on imaginer une tête réfléchie se couper de son corps ? Peut-on imaginer une tête réfléchie maltraiter ce même corps ? C’est pourtant l’effet de notre politique centralisée nombriliste depuis plusieurs décennies et encore actuellement, dépossédant la politique des ses principaux acteurs : la population.

Le temps est venu de concevoir qu’une tête et un corps font partie d’un tout, et que des stratégies gouvernementales doivent se faire par et pour le peuple.

Cette crise sanitaire pose des questions, sur l’avant, sur l’après, sur l’importance de chaque individu dans notre politique.

Soyons solidaires, prenons soin de nous.