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Science, Ouvre-Toi

Publié le 28/01/2022
  • L'équipage Enseignement Supérieur et Recherche

Science, ouvre-toi !

La science ouverte (open science)1 est un mouvement qui aspire au libre accès de trois choses : les articles scientifiques détaillant les résultats de recherche, les données qui ont conduit à ces résultats (si elles existent), et le code source des programmes informatiques (s'ils existent) qui ont permis d'obtenir, de créer ou d'analyser ces données. Par libre accès, nous entendons un accès gratuit, ouvert à n'importe qui, sans condition d'âge, de nationalité, de lieu géographique ou autre. La science ouverte concerne tous les domaines de recherche.

Les avantages de la science ouverte sont multiples. Elle permet la diffusion plus rapide des résultats de recherche à tous les niveaux de la société : individuel, associatif, industriel, mais aussi parmi les scientifiques, ce qui accélère la recherche dans sa globalité. La science ouverte facilite également la reproductibilité, à savoir la possibilité de relancer d'une manière indépendante les expérimentations de travaux de recherche afin de reproduire ces résultats et en certifier la validité. La reproductibilité est un des principes fondamentaux nécessaires à une base saine de recherche scientifique.

Comment fonctionne la publication scientifique ?

Avant d'aller plus loin dans le sujet de la science ouverte, il est nécessaire d'introduire rapidement les pratiques autour de la publication scientifique aujourd'hui. La science ouverte permet le libre accès aux articles scientifiques, un accès qui s'applique à tous les domaines de recherche, sans exception, en revanche le libre accès aux données et au code source des programmes ne concerne que pour quelques domaines de la recherche.

Lorsque les scientifiques obtiennent des résultats, un article (un "papier") peut être rédigé et soumis à un journal scientifique voire, dans certains domaines, à une conférence scientifique pour qu'il soit publié dans ses actes. Tous les journaux et conférences de qualité appliquent une sélection via la relecture par les pairs : d'autres scientifiques relisent, bénévolement, les articles soumis et jugent si ces derniers présentent des résultats originaux et significatifs et s'ils suivent une méthodologie rigoureuse. Lorsqu'un article est accepté pour publication, en plus de céder leur droit d'auteur aux maisons d'édition, les auteurs et autrices ne perçoivent rien : au contraire, il faut parfois payer pour être publié. C'est le cas avec les conférences qui doivent couvrir leurs frais d'organisation, mais également avec certains journaux pratiquant le gold open access.

Gold Open Access ?

De la même manière qu'il existe le green washing, prétexte pour surfer sur la vague écologiste sans réellement se préoccuper de la philosophie derrière, il existe du washing pour l'open access, mais doré cette fois.

Accrochez-vous, car les choses vont devenir un peu subtiles. Les journaux publiant des articles en gold open access les rendent gratuitement et immédiatement accessibles à tout le monde. Le hic, c'est que la majorité des publications en gold open access (58% en 20182) ont demandé à ce que les scientifiques versent au journal environ entre 1000 et 2000 dollars US de frais de publication par article.

Heureusement, il existe certains journaux qui acceptent des publications en gold open access sans faire payer de frais lors de la publication (42% en 2018 si vous suivez bien). Dans ce cas, d'autres modèles économiques sont appliqués : dons, publicités, etc. Cette sous-branche du gold open access est appelée diamond open access, ou encore platinum open access. C'est la forme d'ouverture d'accès promue par Science Europe qui regroupe les principales organisations européennes de la recherche et autres agences de financement3.

En dehors des circuits traditionnels de la publication scientifique, il y a aussi le green open access, également appelé self-publishing, où les scientifiques mettent en libre accès une version préliminaire (mais bien souvent au contenu identique) de leurs articles scientifiques, appelée « preprint », sur leur page web personnelle ou celle de leur institut, ou encore sur une plate-forme d'article en libre accès comme arXiv4 ou HAL5 (en France).

Pour compléter ces allégories colorées, nous ne ferons que mentionner le bronze open access, où les articles sont en accès libre sur l'espace web des journaux, mais sans être couverts par une licence spécifique (open access ou autre), et le black open access, marché noir (mais non lucratif) de la publication scientifique, où des sites permettent de contourner les verrous d'accès payant (paywalls) des articles en accès fermé. Parmi les acteurs du black open access figure notamment le site Sci-Hub, qui donnait en 2020 gratuitement accès à plus de 80 millions d'articles scientifiques payants6.

La science ouverte aujourd'hui en France et en Europe

Ces dernières années, plusieurs actions et projets autour de la science ouverte ont vu le jour en France et en Europe, avec plus ou moins de succès.

En juillet 2018, la ministre de l'enseignement supérieure, de la recherche et de l'innovation, Frédérique Vidal, a annoncé un "plan national pour la science ouverte7" comprenant 9 propositions. Les deux plus concrètes proposent de "rendre obligatoire la publication en accès ouvert des articles et livres issus de recherches financées par appel d’offres sur fonds publics" ainsi que "rendre obligatoire la diffusion ouverte des données de recherche issues de programmes financés par appels à projets sur fonds publics". Cependant, nous regrettons l'absence d'une échéance pour la mise en application de ces mesures, ainsi que l'absence de proposition pour interdire, ou du moins limiter, l'utilisation de fonds publics pour le paiement de frais de publication d'article en gold open access.

Avant même l'application réelle de ce plan national pour la science ouverte de 2018, la ministre a annoncé en 2021 un deuxième plan national8 avec 12 propositions. Parmi les nouveautés figure la promotion du modèle "diamant" d'accès ouvert, mais toujours sans contraindre le paiement de publication en gold open access avec de l'argent public. On y retrouve aussi un objectif : 100% des publications en accès ouvert d'ici à 2030, objectif très loin d'être atteint : une enquête de 2019 auprès des scientifiques travaillant dans des établissements publics français indique que 63% des interrogés ont au moins une fois publié leurs travaux en accès ouvert9. Certaines propositions floues du premier plan de 2018 ont été abandonnées, comme par exemple la création d'une "fonction d’administrateur des données et le réseau associé au sein des établissements".

Le CNRS, l'un des principaux organismes de recherche publique française, affichait lui aussi, dans une communication de mai 202110, cette volonté de 100% des publications en accès ouvert. L'objectif initial était d'y arriver d'ici à la fin 2020. Même si on n'y est pas encore, le CNRS ne semble pas avoir baissé les bras : aujourd'hui, 90% des publications comptant au moins un ou une scientifique du CNRS parmi les auteurs et autrices sont en accès ouvert. Ceci a été rendu possible grâce à une nouvelle politique depuis 2020 : ne prendre en compte, dans le compte-rendu annuel d'activité des équipes du CNRS, uniquement les articles déposés sur la plate-forme HAL. Ces articles y sont déposés sous la forme d'une version préliminaire pour ne pas rentrer en conflit avec les droits d'auteur cédés aux maisons d'édition. Une mesure simple, mais efficace. Le CNRS aspire ainsi, par cet exemple, à créer un "effet d’entraînement sur l’ensemble du territoire national".

Un autre acteur de recherche publique française est l'Agence Nationale pour la Recherche (ANR), la principale agence de financement de la recherche publique. Celle-ci travaille notamment à l'application, dès 2022, d'une stratégie européenne pour la non-cession des droits d'auteur11 proposée par l'initiative cOAlition S12. L'idée est de "permettre un accès ouvert, sans embargos, aux publications scientifiques grâce à l'utilisation de la licence Creative Commons CC-BY" des publications issues des projets financés par l'ANR, qui devront être déposés sur HAL sans crainte de conflit au niveau des droits d'auteur.

À l'échelle européenne justement, en plus de cette stratégie de non-cession des droits d'auteur, nous pouvons mentionner l'appel d'Amsterdam pour actions en faveur de la science ouverte13 en avril 2016. Outre des propositions d'actions au niveau européen pour permettre et promouvoir la science ouverte, cet appel va plus loin en amenant des points de réflexion autour des possibilités de changement qu'offre la science ouverte concernant les systèmes d'évaluation et de récompense dans le milieu de la recherche scientifique. Par exemple, une réflexion est portée sur la nécessité de changer l'importance accordée à la quantité de publication, au détriment de la qualité scientifique, ainsi qu'au prestige de certains journaux et conférences, canalisant les efforts des scientifiques pour y être publié au détriment de l'attention portée à la recherche elle-même.

Enfin, au-delà de l'Europe, il y a les recommandations de l'Unesco sur la science ouverte14 publiées en 2021, suite à la 40ᵉ session de sa conférence générale en 2019. Ces recommandations encouragent notamment la mise en place d'un cadre international visant une pratique uniforme de la science ouverte à travers le monde, tout en reconnaissant les différences disciplinaires et régionales.

Le programme du Parti Pirate pour une science ouverte

Le Parti Pirate a récemment voté des points de programme en faveur d'une science ouverte15. En particulier, il aspire à appliquer la non-cession des droits d’auteur d’articles scientifique aux éditeurs telle que le propose la stratégie de l'initiative européenne cOAlition S.

Pour toute recherche publique et toute recherche privée financée au moins en partie par des fonds publics, soit par la participation de chercheuses et chercheurs du public, soit par un financement public direct, comme un projet ANR, ou indirect, comme un Crédit Impôt Recherche, nous, Pirates, préconisons le dépôt obligatoire de versions « preprints » de tout article scientifique dans l’archive ouverte française HAL, la mise à disposition sous licence libre de toutes les données qui ont contribué à des résultats de recherche publiés, sous réserve de non-confidentialité des données, et la mise à disposition sous licence libre du code source des programmes développés dans le cadre de résultats de recherche publiés.

Enfin, le Parti Pirate est favorable à l’interdiction de l’utilisation de fonds publics pour le paiement de frais de publication des articles dans des revues scientifiques. Nous avons bien conscience que ce dernier point implique un changement majeur d'habitude de publication dans certains domaines de recherche. Cependant, à l'heure où toute publication scientifique est facilement trouvable en ligne, et où il existe dans tout domaine de jeunes revues appliquant une procédure minutieuse de selection des articles par les pairs sans faire payer les auteurs ou autrices, il n'y a plus de raison de payer au prix fort des frais de publication imposés par une poignée d'éditeurs controlant les revues historiques. Cette mesure d'interdire l’utilisation de fonds publics pour le paiement de frais de publication des articles permettra aussi de mettre un net coup d'arrêt de la publication des fruits de la recherche publique dans des revues prédatrices, à savoir ces journaux appliquant une relecture des articles soumis peu rigoureuse et dont le seul but est d’en accepter un maximum pour optimiser leur profit, au détriment de la qualité scientifique.