5G : Élevons le débat

Vous qui lisez cette tribune, abandonnez toute désespérance. Le principe de celle-ci sera, nous l’espérons, de ne pas faire dans la surenchère politique et de vous aider à y voir plus clair dans ce qu’est cette 5G qui fait tant couler d’octets.

La 5G, ce n’est pas une technologie disruptive. 

La 5G, ce n’est pas un immense plan commercial visant à nous contraindre à renouveler nos appareils électroniques. 

En fait, pour tout vous dire, la 5G ce n’est pas pour nous, humbles consommateurs. 
Mais entrons dans le vif du sujet.

Petit point sur les G

Le 3rd Generation Partnership Project (3GPP) est une coopération internationale regroupant un certain nombre d’agences de même type issues de chacune des grosses entités du monde : le CCSA pour la Chine, l’ARIB pour le Japon, l’ATIS pour l’Amérique du nord, l’ETSI pour l’Europe ou encore le TTA pour la Corée du Sud. Cette coopération travaille sur la normalisation globale des télécommunications dans le domaine du mobile.
Le 3GPP compile les différentes normes sous forme de versions numérotées, labellisées voire marketisées.
Par exemple, la version « release 14″ connue aussi sous le nom de « LTE Advanced », correspond à la dernière sous-version de la 4G. Viennent ensuite les « release 15″ et « release 16″ normalisant respectivement la 5G et la 5G par satellite.

La 5G est donc une étape dans la suite logique d’un développement continu de la norme issue du travail du 3GPP, elle n’implique pas de remplacer tout le réseau actuel. D’ailleurs, pour certaines antennes 4G, il suffira simplement d’effectuer une mise-à-jour logicielle pour activer le protocole 5G.

Cette nouvelle norme, qu’on pourrait aussi plus simplement qualifier de V. 5.0, permet d’explorer l’utilisation (et la réutilisation) de plusieurs gammes de fréquences radio, parmi lesquelles certaines déjà en partie exploitées par la Télévision Numérique Terrestre (TNT). (1) (2) (3)

Oui, l’évolution technologique nécessite une part de renouvellement du parc informatique. 

La société de consommation exacerbée nous incite à changer trop souvent d’équipements ou à nous procurer le dernier appareil à la mode, ce n’est pas inhérent à la 5G. Par exemple, un téléphone, dont la durée de vie moyenne constatée est de 3 ans, peut être conservé plus longtemps. Les écrans, les batteries peuvent être changés, et dans le cas contraire il faudrait inciter les constructeurs à le permettre. Cependant, certains modèles vendus aujourd’hui, alors que la 5G n’est pas encore déployée en France, sont déjà compatibles avec cette nouvelle norme. En effet, la 5G n’est pas une technologie spécifiquement française, elle est déjà déployée ailleurs dans le monde, les constructeurs ne nous ont pas attendus pour s’en emparer.

Le renouvellement du parc mobile nécessite effectivement une quantité importante de ressources, notamment de terres rares, et va nous contraindre à produire une certaine quantité de gaz à effet de serre. Ici encore, cela n’est pas inhérent à la 5G, mais plutôt aux choix politiques et économiques que nous faisons.

Consommation de données et consommation d’énergie

L’énergie est essentielle dans le monde numérique mais il n’est pas question de la gaspiller. Pour résoudre un problème à efficacité égale, on cherchera donc à dépenser le moins d’énergie possible pour deux raisons :

  • À efficacité constante, vous dépensez moins d’argent pour entretenir votre structure ;
  • À énergie constante, vous pouvez repousser certaines limites.

La 5G permet une meilleure gestion des faisceaux de communication avec deux avantages immédiats : 

  • Une baisse de la consommation énergétique, car la dispersion des ondes radio est limitée ; 
  • Une amélioration de la qualité d’utilisation des ondes radio, puisque les interférences sont évitées. 

Ensuite, le protocole de la 5G est intelligent. Plus intelligent que celui de la 4G. Il est capable d’adapter efficacement la performance et la consommation d’une partie des cellules des antennes-relais et de leur faire reprendre une activité au besoin. Autrement dit, le principe du stop & start (arrêt et redémarrage automatique du moteur), déjà utilisé sur les nouvelles voitures, est appliqué ici à nos antennes.

À terme, la 5G permettra de fermer les 3G et 4G et recycler leurs bandes de fréquence. Ces deux générations consomment aujourd’hui trop d’énergie pour fournir des services qui ne sont plus à la hauteur de nos attentes.

En outre, la 5G permet l’organisation de réseaux locaux décentralisés sans passer par les infrastructures complètes. Concrètement, cela permet à des structures, des objets connectés, des capteurs d’interagir entre eux plutôt qu’en passant par un réseau télécom complet, gagnant ainsi en réactivité. 
Cette amélioration technologique intéresse l’industrie automobile : un véhicule autonome qui doit freiner d’urgence ne peut pas se satisfaire des réseaux actuels. 
Il en va de même pour un certain nombre de secteurs pour lesquels la rationalisation à travers l’utilisation de l’Internet des Objets (IoT, Internet of Things), permet une économie de ressources plus importante que pour le réseau existant aujourd’hui.

Que se passerait-t-il sans la 5G ?

La sollicitation du réseau continuera de croître, il n’y a aucune raison pour que cela cesse avec le refus de la 5G. C’est l’industrie qui, la première, pour anticiper efficacement ses besoins en consommation de données, a besoin de la 5G. 

Sans la 5G, on ne résorbera pas davantage la fracture numérique. Et, comme lors de la transition entre la 3G et la 4G, les utilisateurs finiront par lancer des pétitions pour que les opérateurs fassent le nécessaire pour désaturer le réseau. 

Sans la 5G, il faudra installer davantage d’antennes 4G, qui consomment donc davantage d’énergie que celles de la 5G. C’est d’ailleurs ce qu’a conclu l’ANFR, l’Agence Nationale des Fréquences : La puissance reçue sera plus grande en conservant la 4G plutôt qu’avec un mix de 5G et de 4G. (4)

La 5G, c’est un outil

Cet outil pose une multitude de questions, mais les questions posées focalisent sur l’outil en tant que tel plutôt que sur les choix sociétaux que nous faisons, ou, en l’occurrence, que nous ne faisons pas.

Si la 5G permet en effet une meilleure transmission des données, nous devons néanmoins rester attentifs, voire très vigilants, sur la sécurité entourant nos données. Nous devons continuer à faire tout notre possible pour mener une politique qui respecte la vie privée et les libertés individuelles, et à ce titre, avec ou sans la 5G, des lois devront être votées (ou abrogées). 

Si la 5G favorise en effet l’émergence des villes intelligentes (smartcities) (5), elles se développeront, très probablement malgré son absence, sous l’impulsion de politiques locales environnementales ambitieuses qui ne peuvent fonctionner sans consommer des données, et provoqueront de fait la saturation d’un réseau déjà très chargé.

Ce que nous pouvons faire

Aujourd’hui, le territoire français est couvert par quatre réseaux 4G (6) exploités par quatre opérateurs différents (Bouygues, Orange, Free et SFR). Aujourd’hui, aucun de ces réseaux ne couvre 100% du territoire français, et chaque réseau est indépendant, sauf dans le cas d’itinérances et de mutualisations contractuelles entre certains opérateurs. 

À notre niveau, politique, nous pouvons demander, par exemple, la mutualisation des réseaux pour réduire à deux le nombre de réseaux 5G autorisés à la construction et à l’exploitation sans pour autant provoquer la disparition des opérateurs, qui devront se concentrer davantage sur les services apportés que sur la qualité du réseau.

Nous pouvons également demander que le déploiement de la 5G aide à la couverture des zones grises et blanches, notamment pour absorber les retards ou absences de déploiement de la fibre (dont l’installation nous semble prioritaire).

Nous pouvons favoriser le développement de filières locales de réparation et de recyclage spécifiques au numérique par le biais de choix politiques et économiques.

Nous pouvons également décider que la construction de nos appareils numériques soit soumise à des réglementations strictes limitant la production de CO2 et que les fabricants fournissent des mises à jour logicielles sur des durées plus longues pour les anciens matériels.

Ce que nous devons faire

Nous devons orienter les entreprises vers la production d’appareils réparables et améliorables.

Nous devons réfléchir à notre consommation, et à travers elle à la publicité incitant à se procurer des technologies plus performantes que nécessaire, cette publicité qui continue de prendre de la place dans le monde réel, numérique et énergétique tant par la multiplication d’écrans publicitaires que par la multiplication des spams ou des encarts publicitaires sur nos sites préférés, cette publicité qui nous surveille, se servant de nos données pour mieux nous vendre des produits ou des services dont nous n’avons finalement pas besoin.

Ce que nous devons craindre, c’est notre société qui nous pousse à consommer toujours plus, toujours plus d’objets connectés, toujours plus de gadgets à la mode, toujours plus de tout.

La 5G nous permettra de mieux nous connecter entre nous.

Mais qu’elle soit déployée ou non, nous ferons, quoi qu’il en soit, face à toutes les problématiques que le débat autour de son déploiement soulève. Autrement dit, ces débats sont légitimes en tant que tels, et ce n’est qu’en les considérant en tant que tels que nous serons en mesure d’y répondre, plutôt qu’en nous opposant, par principe, à la 5G.

Cet article n’est qu’un point d’étape sur nos réflexions autour de la 5G, nous réfléchissons à ce qu’elle permet sans pour autant occulter certaines faiblesses.
Nous sommes conscients que ces faiblesses sont liées à notre impossibilité de savoir de quoi sera fait le futur et à notre capacité collective à dévoyer les outils à notre disposition pour les retourner contre les autres ou, au contraire, à les encadrer au mieux pour qu’ils s’inscrivent dans la société que nous voulons.

Nous, Pirates, dénonçons les discours anxiogènes basés sur de fausses informations ou des informations déformées à des fins électoralistes.
Nous ne pouvons accepter que des personnes politiques chargées de décider de notre avenir se cachent derrière de faux problèmes pour éviter d’ouvrir un véritable débat sur notre société.

PS : Nous ne vous dirons pas que la 5G est un cancérigène possible selon l’OMS. Nous ne chercherons pas à vous faire peur avec une information qui est également valable pour d’autres produits ou activités contre lesquels nous n’avons pas prévu de militer tels que l’aloé vera, la menuiserie, le nettoyage à sec…

Sources

(1) https://www.anfr.fr/publications/dossiers-thematiques/la-5g/les-changements-technologiques-de-la-5g/

(2) https://www.generation-nt.com/arcep-tnt-regulation-frequences-5g-actualite-1955076.html

(3)

(4) https://www.clubic.com/reseau-mobile/actualite-13156-l-anfr-simule-l-exposition-aux-ondes-causees-par-des-antennes-4g-et-5g-et-livre-ses-resultats.html

(5) https://www.zdnet.fr/actualites/comment-la-5g-va-faire-des-smart-cities-une-realite-39880333.htm

(6) https://www.couverture-mobile.fr/?page=statistiques

https://www.arcep.fr/nos-sujetshtml/parlons-5g-toutes-vos-questions-sur-la-5g.html