Le 2 janvier 2007, Floyd (à l’époque nommé Floyd_le_barbare) et moi-même rencontrions un jeune étudiant en journaliste du nom de Patrick Audouard, qui voulait rédiger un papier sur le Parti Pirate afin de se présenter à un concours de jeunes journalistes. C’était au Canon de la Nation, et il faisait nuit ; c’était également la première fois que je rencontrais en vrai un de mes collègues du Parti Pirate.

Pour la petite histoire, j’avais cassé mes lunettes et je n’y voyais pas grand chose ; j’avais amené mon chapeau noir pour permettre à Floyd et au journaliste de nous identifier sans mal, et j’avais apporté sur mon ordinateur portable un fragment de ma toute première partition LilyPond, dont j’ai montré le code source sous Vim à Floyd, dant un terminal tty (c’était alors l’époque où Slackware 11 venait de sortir, et je devais plus exactement tourner sous la dernière ZenWalk).

Après l’interview, Floyd et moi sommes restés dîner et il m’a notamment expliqué les joies de faire péter une console Xbox pour y installer une distribution Linux, après quoi il m’a déposé chez moi  : c’était la première fois que je montais dans une voiture dotée d’un GPS, et on a dû parcourir à peu près 2 kilomètres pour une distance totale de 500 mètres.

L’article en question a remporté avec succès le concours auquel il était destiné, et a été publié dans le quotidien papier destiné aux jeunes “Les Clés de l’Actualité”.

Flibustier des temps modernes

Pers est membre du Parti pirate, une organisation politique créée sur Internet. Son but, mettre la question de l’accès à la culture et à l’information sur la place publique

Il n’a pas de jambe de bois, ni le bandeau noir sur l’œil. Le bandana d’usage laisse place à un feutre pas vraiment dans le style mercenaire. Pourtant, pers est un membre éminent du Parti pirate. A 22 ans seulement, il en est même « l’ambassadeur » selon la terminologie du site.

Le Parti pirate, créé le 21 juin dernier, est un parti politique estampillé « Web ». Lancé sur un coup de colère collectif en réaction à la loi sur les droits d’auteurs, votée « à l’arrache » à l’été 2006, qui renforce notamment les moyens de lutte contre les copies et les téléchargements illégaux. Son créneau, l’accès libre à la culture et à l’information. Son but, informer le public sur les dérives du système actuel, trop liberticide à son goût, et instaurer un véritable débat démocratique.

Une démarche citoyenne

Pers est musicien. S’il milite, c’est qu’il s’estime victime du dictat des majors du secteur. Il y a 2 ans, il a composé un morceau pour guitare, mais ne peut pas le jouer. « J’y reprends un thème de Manuel de Falla (compositeur espagnol du début du XXe). Ce thème est du domaine privé, il appartient à Sony. J’aurais donc dû acheter les droits. Un peu fort pour une mélodie de 16 mesures. »

Il a découvert le parti « à l’improviste ». Séduit par « la démarche citoyenne », il s’est vite investi dans le projet. A assisté au boom fulgurant d’inscriptions qui ont suivi la création de ce site collaboratif (plus de 3 000 membres après une semaine d’existence). Aujourd’hui, l’effervescence est retombée, ils ne sont plus que quelques centaines. Mais le projet reste sérieux, et encore tout neuf. En Suède, le parti pirate du pays s’est récemment présenté à des élections législatives en 2005. Bilan, 1 % des voix. Des homologues se sont également créés dans 15 autres pays d’Europe ou Amérique du Sud.

« Trouver un équilibre »

« On y va doucement, reprend pers. Nous ne sommes pour l’heure qu’un groupe de réflexion. Nous essayons d’élaborer un programme solide, de trouver des propositions compatibles avec le droit français. » Une seule ambition, devenir crédible. Pourtant, les principes de base du parti ne font pas dans la demi mesure. Parmi les principes « non négociables », l’abolition du droit d’auteur, le droit à l’anonymat, la gratuité d’accès à Internet. « C’était de la provoc’, pour faire monter la sauce, explique pers. Quand on prône l’anonymat, on sait pertinemment qu’il s’agit d’une porte ouverte sur des dérives graves, comme la pédophilie. Il faut trouver un équilibre entre la surveillance à outrance et la confiance aveugle. » Et pourquoi pas, plus tard, partir à l’abordage, et se présenter, à leur tour, à des élections. Pers n’en est pas encore là. Pour lui, le plus important, c’est que le débat ait lieu. « Avec ou sans nous ».

Patrick Audouard