Lettre ouverte de la Liberté d’Expression

Bonjour à toi, mon ami, ma sœur, celui ou celle que je ne connais pas, mais qui tous les jours peut s’exprimer grâce à moi ou qui voudrait s’exprimer mais qui ne le peut point.

   Je t’écris en ce jour parce que je suis fatiguée. Ces derniers jours, tout le monde me martyrise :
Ceux qui abusent de moi pour proférer telle ou telle atrocité ;
Ceux qui veulent me faire taire parce que j’autorise la propagation d’idées subversives ou abjectes.

 

   Je ne suis pas là pour défendre un Dieudonné, un Soral, un Copé, un Valls ou une Le Pen.
Je ne suis pas là pour dire qui a raison ou tort.
Je ne suis pas là pour juger le contenu de leurs paroles.
Mais je rappelle aussi que (et je fais un clin d’oeil à ma soeur Justice) :
Je ne suis pas là pour faire des amalgames ;
Je ne suis pas là pour propager des menaces ;
Je ne suis pas là pour faire étalage de la haine.

   Mais je ne condamne pas, je ne veux pas que les gens se taisent. Le Censeur est mon ennemi juré, il force les gens à penser d’une certaine façon, il cherche l’unification de la pensée et, de ce fait, biaise tous les raisonnements. Le Silence qu’il apporte n’a rien à voir avec la Morale mais avec le Pouvoir.

   Le Silence, les non-dits entraînent le secret et la fermeture des esprits quand ce n’est pas la fermeture des cœurs. Comment partager, comment changer, comment faire évoluer les esprits si tout ce qui est dit doit être avalisé par le Pouvoir en place ?

   Alors toi, Politique, Journaliste, Esprit éclairé, pourquoi veux-tu me faire taire ? Pourquoi me mets-tu face à mon aimée-Démocratie en disant que si je ne me tais pas, elle mourra ? Pourquoi ce chantage affectif ? Pour … quoi ?
Pourquoi as-tu peur de ce qui peut-être dit ? Pourquoi n’essaies-tu pas de comprendre pourquoi cela est dit ?

   Si tu veux, je te présente d’autres amies : la Fraternité, l’Education… Tu sais celles que nous sommes en train de perdre parce que malgré toutes nos richesses, nous en sommes à devoir nous battre pour avoir un toit, alors que cette préoccupation ne devrait plus être aussi alarmante à notre époque, dans nos sociétés. Parce que certains nous divisent pour asseoir leur Pouvoir, encore Lui. La Fraternité t’aidera à accepter que nous sommes tous différents, L’Education t’aidera, quant à elle, à construire tes raisonnements mais aussi ceux de ton prochain, te permettant ainsi de véhiculer des idées et ainsi lui faire comprendre ton point de vue, s’il est valable et juste.

   Si j’existe, mon ami, ma sœur, c’est afin que :
les gens puissent dire ce qu’ils pensent, quand bien même leurs pensées ne te plairaient pas ;
les gens puissent véhiculer de nouvelles idées, quand bien même leurs idées te heurteraient dans tes croyances ;
les gens puissent choquer avec leurs arts de la langue, de la plume, du pinceau, …, quand bien même leurs œuvres te déplairaient.

   Sache malgré tout que je suis de ton coté, car je suis ton arme la plus puissante. Ta parole contre la leur. Contre le Populisme, l’Education. Contre l’Atroce, la Résolution. Si tu veux me supprimer, je pense sincèrement que soit tu n’as pas d’arguments à mettre en face de leurs propos, soit tu es au Pouvoir et tu es dans le camp des Censeurs. Dans tous les cas, pour moi, tu utilises une violence excessive.

   Alors je t’en conjure, si tu aimes ma Démocratie autant que moi je peux vous aimer, arrête de vouloir me racornir à cause des dires du voisin. À la place, je t’en prie, argumente avec lui. Accepte le débat. Prouve aux autres que ta façon de concevoir les choses est meilleure que la façon de concevoir de celui que tu considères comme un barbare sans nom.

Et si les masses n’acceptent pas tes propos, dis-toi que tu as tort peut-être. Ou bien que ton combat est rude. Mais si tu veux pouvoir combattre leurs idées demain, fais en sorte qu’ils puissent s’exprimer aujourd’hui, aussi répugnant cela soit-il pour toi.

   Bien à toi, avec tout ce que je peux t’apporter,

La Liberté d’Expression