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	<title>Le blog de pers &#187; humeur</title>
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	<description>Parce que hein, non mais oh, hé, hein, bon.</description>
	<lastBuildDate>Thu, 10 Jun 2010 13:48:26 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Dans la Vie Réelle</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Feb 2010 00:56:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>pers</dc:creator>
				<category><![CDATA[humeur]]></category>

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		<description><![CDATA[Je connais gens de toutes sortes. Ils n&#8217;égalent pas leurs destins. Guillaume Apollinaire Cher blog, aujourd&#8217;hui il m&#8217;est arrivé quelque chose d&#8217;étrange. Comme tu le sais peut-être, notre section Île-de-France organise, fréquemment, un rite un peu étrange pour quelqu&#8217;un comme toi ou moi : des réunions IRL (de l&#8217;anglais In Real Life, dans la vie ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right"><em><em>Je connais gens de</em> toutes sortes. Ils n&#8217;égalent pas leurs  destins.</em></p>
<p style="text-align: right">Guillaume Apollinaire</p>
<p>Cher blog,</p>
<p>aujourd&#8217;hui il m&#8217;est arrivé quelque chose d&#8217;étrange.<span id="more-47"></span><!--more--></p>
<p>Comme tu le sais peut-être, notre <a href="http://idf.partipirate.org">section Île-de-France</a> organise, fréquemment, un rite un peu étrange pour quelqu&#8217;un comme toi ou moi : des <em>réunions IRL</em> (de l&#8217;anglais <em>In Real Life</em>, dans la vie réelle).</p>
<p>C&#8217;est quoi l&#8217;IRL, me demanderas-tu, cher blog, et comme je te comprends. Pour le premier venu, c&#8217;est <em>tout</em> : la vie, les rues, les gens, les conversations&#8230; Pour nous autres geeks, au contraire l&#8217;IRL est tout ce qui n&#8217;est <a href="http://fr.wiktionary.org/wiki/apophatique">pas</a> le monde dans lequel nous vivons la plupart du temps : ni e-mail, ni sites web, ni blog, ni messagerie instantanée&#8230; l&#8217;IRL est ce grand inconnu dont on murmure sans trop oser regarder, qu&#8217;il se trouve là-dehors.</p>
<p>Autant te le dire, au Parti Pirate nous avons un rapport compliqué avec l&#8217;IRL. Nous nous sommes tous rencontrés dans <span style="text-decoration: underline">notre</span> vrai monde, celui d&#8217;Internet, et les liens que nous y avons noués sont forts comme ne le peuvent être que ceux qui unissent des personnes qui ont partagé une part importante de leurs vies, fait face ensemble à de nombreuses épreuves et moments difficiles. Évidemment, il est toujours sympa d&#8217;apprendre à se connaître autrement, peu à peu : un jour un coup de fil (ah, l&#8217;émotion jamais complètement éteinte du premier moment où l&#8217;on découvre enfin la <em>voix</em> de quelqu&#8217;un avec qui on a communiqué chaque jour depuis des mois), un autre jour, un tour en bagnole, en train, en avion pour aller rencontrer les Pirates du monde entier&#8230;</p>
<p>Seulement voilà, ces rencontres-là sont, d&#8217;une certaine façon, un sous-produit de la relation nouée <em>auparavant</em>, dans <span style="text-decoration: underline">notre</span> vrai monde. Et j&#8217;oserais même dire, un sous-produit dispensable et anecdotique. De mes collègues du Parti Pirate, de mes compagnons d&#8217;armes de longue date, il en est encore une bonne partie que je n&#8217;ai jamais rencontré &#8220;IRL&#8221;, ni même au téléphone, dont j&#8217;ignore toujours le nom et – au fond – qu&#8217;importe ? Le lien de confiance, d&#8217;amitié même, puisque c&#8217;est de cela qu&#8217;il s&#8217;agit, n&#8217;en existe pas moins et n&#8217;en est pas moins durable. Je peux même dire, je <em>dois</em> même dire, que les plus fortes et plus sincères amitiés que j&#8217;ai nouées dans ma (brève) vie d&#8217;adulte se sont toutes liées par écrit, sur Internet.</p>
<p>Il en va tout autrement de l&#8217;IRL en tant que présupposé, sinon en tant que dogme. Un exemple simple – et frappant. Comme tu ne l&#8217;ignores pas, cher blog, au Parti Pirate nous avons l&#8217;habitude que des gens (nouveaux venus ou anciens membres, jeunes ou pas, naïfs ou rusés, innocents ou calculateurs) nous expliquent comment nous devrions faire notre boulot : à savoir, (précisément) pas de la façon dont nous le faisons. En particulier, une réflexion qui revient parfois (je l&#8217;ai entendue de la part de deux personnes très différentes, une fois cet automne, une fois cet hiver, et aucune des deux fois ne m&#8217;a laissé un bon souvenir) :</p>
<p>« Nan mais c&#8217;est n&#8217;importe quoi, cette manie de tout faire par Internet ; rien ne vaut un coup de fil, ou une discussion d&#8217;homme à homme ! »</p>
<p>(Car il semble que les seules discussions qui en valent vraiment la peine impliquent de préférence des hommes.)</p>
<p>J&#8217;ai en général quelques objections à rétorquer à cette assertion (je rétorque hélas <em>in petto</em>, comme tu le comprendras plus bas).</p>
<p>D&#8217;abord, nous sommes un mouvement <em>de</em> l&#8217;Internet. Nous en sommes un symptôme, une émanation ; pour nous, le Net <em>est</em> le monde, et, plutôt que l&#8217;inverse, ce sont les gouvernements IRL qui devraient s&#8217;adapter à la bidouillabilité que nous sommes habitués à trouver sur le réseau. Et chercher à nier cette réalité, c&#8217;est nier (ou, au mieux, ignorer) ce qu&#8217;est le Parti Pirate. (Outre la méconnaissance technique profonde qu&#8217;une telle phrase trahit immanquablement.)</p>
<p>Ensuite, au contraire d&#8217;une communication orale, une communication écrite <em>laisse des traces</em>. Et à ce titre, je fais de mon mieux pour ne pas chercher de corrélation dans le fait que les hommes (&#8220;d&#8217;homme à homme&#8221;, tu te souviens ?) qui m&#8217;ont tenu ce langage étaient également ceux quant aux arrière-pensées desquels d&#8217;aucuns parmi nous n&#8217;étaient pas sans s&#8217;interroger. (Je le dirais bien avec une phrase moins tordue, mais tu comprendras parfaitement de quoi et de qui je veux parler.)</p>
<p>Enfin, et c&#8217;est une confidence que je te fais ici cher blog (tout en sachant pertinemment que tu t&#8217;empresseras d&#8217;aller le répéter à tire-larigot et à longueur de fils RSS, je te connais), j&#8217;avoue que je suis pusillanime et pleutre. Et, de surcroît, pas toujours très finaud. Je suis de ceux qui, lorsqu&#8217;ils se font contacter par un démarcheur téléphonique, n&#8217;osent l&#8217;éconduire dès le premier abord, se laissent conter monts et merveilles en se sentant charitables, et au bout du compte, se retrouvent bien embarrassés lorsqu&#8217;il leur faut expliquer au livreur que, non, ils n&#8217;ont jamais vraiment voulu commander de cuisine Astral® ou de boîte à outil Viking™. Face à une proposition faite avec assurance et conviction (apparente), mon premier réflexe est en général de me dire que mon interlocuteur a probablement longuement réfléchi à ce qu&#8217;il m&#8217;affirme, qu&#8217;il en sait certainement plus long que moi et que, du haut de mes vingt-cinq ans, il serait sans nul doute passablement outrecuidant de ma part que de paraître prétendre le corriger. Résultat : invariablement, je cherche la manière de déplaire le moins possible, et bien souvent, ladite manière consiste à répondre mollement &#8220;oui, c&#8217;est possible, je ne sais pas, il faut qu&#8217;on y réfléchisse&#8230;&#8221;</p>
<p>Ce handicap déplorable n&#8217;a d&#8217;ailleurs pas été sans donner lieu à moult cris et grincements de dents dans l&#8217;histoire du Parti Pirate. Et j&#8217;avoue que, sans vouloir me décharger de ma part de responsabilité dûe à mon incommensurable défaut de vouloir ne jamais déplaire, il me semble quand même qu&#8217;une petite part de ces drames devrait tout de même, par souci d&#8217;honnêteté intellectuelle, être imputée à cette désastreuse notion de &#8220;discuter d&#8217;homme à homme&#8221;. Je ne veux pas discuter d&#8217;homme à homme. Je veux discuter d&#8217;homme à couard, soigneusement planqué derrière mon ordinateur, en prenant de préférence un petit moment pour faire mes devoirs, me renseigner avant de répondre, et me demander systématiquement, au passage, si quelqu&#8217;un ne serait pas un tout petit peu en train de chercher à pousser discrètement mémé dans les orties.</p>
<p>Très cher blog, ton temps est précieux et je m&#8217;en voudrais de te faire languir davantage. Il m&#8217;est arrivé, te disais-je, quelque chose de bien étrange. Cet après-midi, donc, il advint que je fus tenté, par curiosité, par défi, ou peut-être plus exactement dans un élan mystique de rédemption (un peu comme l&#8217;on se force à boire un médicament peu plaisant), de me rendre à &#8220;la&#8221; réunion IRL de la semaine.</p>
<p>Ladite réunion se tenait dans un estaminet des plus luxueux de la capitale, le genre de rade ou le loufiat te toise à l&#8217;entrée en se demandant ostensiblement si tu es vraiment assez fortuné pour te permettre les tarifs de la maison ou si tu cherches juste à épater la galerie. Pourquoi un tel gouffre, me demanderas-tu dans ta grande perspicacité, eh bien sache juste que c&#8217;est un legs d&#8217;un de ces &#8220;homme-à-homme&#8221; du Parti Pirate dont je te parlais tantôt. Lorsque j&#8217;entrai, quelque peu intimidé, une douzaine de personnes se tenait à table.</p>
<p>Je n&#8217;en connaissais que trois.</p>
<p>D&#8217;où venaient-ils, les autres de ces messieurs ? Impossible à dire. Ni de notre forum, ni de nos listes de discussions,&#8230; De quelque part dans ce grand IRL (et peut-être son sous-produit, cette immonde tâche nommée Facebok). Pour autant que j&#8217;aie pu en juger, une bonne moitié n&#8217;avait même jamais visité le site <a href="http://partipirate.org">partipirate.org</a>. Notre site. Notre pays.</p>
<p>Tâchant de surmonter mon incompréhension (et de faire taire les toujours plus retentissants &#8220;<em>mais qu&#8217;est-ce-que je fous là</em> ?&#8221; dans ma tête), je pris place, et au bout d&#8217;un moment, fus tenté d&#8217;intervenir. Ne serait-ce que pour présenter un petit peu le Parti Pirate, la façon dont nous (sur)vivons depuis quatre ans, dont nous travaillons ensemble, etc.</p>
<p>Alors que je développais ce propos, quelle ne fut pas ma surprise de me voir interrompu par l&#8217;un des messieurs-de-l&#8217;IRL. « Ah mais non, c&#8217;est pas comme ça qu&#8217;il faut faire. »</p>
<p>(Air connu.)</p>
<p>« C&#8217;est pas ça, le Parti Pirate. »</p>
<p>(???)</p>
<p>Je fus un instant tenté de disconvenir courtoisement. Ou, à tout le moins, de formuler l&#8217;hypothèse que, à l&#8217;aune des quatre dernières années au cours desquelles ledit Parti Pirate s&#8217;est peu à peu substitué à la totalité de ma vie personnelle, professionnelle et sociale, il y avait une chance pour que je sois parvenu à en avoir une vue d&#8217;ensemble, certes pas complète, mais peut-être légèrement plus informée que celle de mon interlocuteur qui, pour autant que je puisse en juger, ne connaissait pas notre existence il y a encore deux semaines.</p>
<p>Et puis,&#8230; et puis je me suis dit qu&#8217;au fond, peut-être était-ce moi qui avais tort. Tu le sais, cher blog, après tout même les dinosaures ont quitté la surface de notre planète. Peut-être suis-je la &#8220;vieille garde&#8221;, peut-être suis-je de ceux pour qui l&#8217;Internet a encore un sens, pour qui les contacts virtuels sont encore si précieux et irremplaçables.</p>
<p>Peut-être, même, que le Parti Pirate est appelé à se concrétiser sous cette forme. IRL. Auquel cas, tenter de s&#8217;y opposer ne serait qu&#8217;une réaction primaire et égoïste : on ne lutte pas contre le progrès, qu&#8217;en dis-tu ?</p>
<p>Heureusement, ma porte de sortie était toute trouvée :</p>
<p>« <em>oui, c&#8217;est possible, je ne sais pas, il faut qu&#8217;on y réfléchisse&#8230; </em>»</p>
<p>J&#8217;avais déjà repris mon pardessus.</p>
<p>« <em>Maintenant excusez-moi, j&#8217;ai un rendez-vous très important</em>. »</p>
<p>J&#8217;étais déjà parti.</p>
<p>« <em>&#8230; sur le forum</em>. »</p>
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