Droits de l’Homme, copyright, internet : le triangle vicié

L’internet change la société, de la même façon que l’invention de l’imprimerie (XVIe en Europe) changea ce monde en son temps.

Entre autres changements, l’imprimerie a changé la façon dont les livres étaient financés, en faisant créer le régime du droit d’auteur. Si le numérique remplace le support physique, si internet remplace la presse, ce régime devient obsolète, et plus encombrant qu’autre-chose.

C’est le but de cet article d’exposer que ces trois objets : droits de l’Homme, copyright, internet, sont incompatibles entre eux. Par Droits de l’Homme, j’entends les deux textes de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC, 1789) et la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (DUDH, 1948), surtout ce dernier qui me servira de référence . Par copyright, j’entends le Code de la propriété intellectuelle (CPI) en France, et l’ensemble des règlementations équivalentes prises dans les autres pays. Par internet, j’entends un internet suffisamment développé pour permettre l’échange d’œuvres de l’esprit : livres, photos, musique, films, formes plastiques (le téléchargement de modèles 3D d’objets que l’on pourra recréer soi-même en résine plastique par une imprimante 3D : ça viendra dans les salons plus vite qu’on ne le pense, et on verra Légo et Playmobil toquer à la porte de la HADOPI).

Le copyright et les droits de l’Homme seuls, ça marche. C’est à peu près ce qu’on a eu en France depuis le début de la Troisième république (certains diraient même depuis la charte de 1814). Mais si on rajoute internet, ça ne tiens plus. Les gens veulent échanger, partager, découvrir et faire découvrir, copier, apprendre. C’est dans la nature humaine, c’est la base de la société et un pilier de la fraternité. Quelle que soit la propagande déployée, les citoyens le feront, malgré la loi.

Une loi ayant vocation à être appliquée, et devant recevoir les moyens de le faire, si l’on persiste à interdire l’échange, le partage, le téléchargement, etc. alors il faut policer internet, surveiller les échanges, voire les bloquer de manière généralisée. À moins de mettre en place une société orwellienne, il est impossible de maintenir le régime du copyright dans un  monde doté d’internet.

DUDH article 12:

Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

Ce que nous avons lorsqu’une personne utilise internet, que ce soit pour échanger entre deux particuliers, ou pour échanger entre un particulier et un fournisseur de service ou de contenu, c’est une communication entre deux ordinateurs privés. On peut s’échanger toutes sortes de fichier : messages, photos, téléphonie, vidéo, son… C’est toujours un échange entre deux ordinateurs privés. Tout ceci est la version numérique de ce qui se faisait avant par colis, paquets, lettres, téléphonie… Et donc, à ce titre, lorsque mon ordinateur se connecte à un autre pour envoyer ou recevoir des données, c’est de la correspondance privée.

Surveiller, policer, filtrer de manière généralisée ma correspondance privée, même au prétexte du copyright, est en violation de cet article 12. Bloquer ces données dès qu’elles sont suspectées d’être copyrightées et interdites de circulation (technologie du DPI) est aussi une violation de cet article.

Ça c’est la théorie, mais en pratique ?

Application pratique : nous allons regarder le coût « droit de l’Homme » de l’application stricte du copyright sur une société moderne, à travers la loi HADOPI.

C’est parce-que nous trouverons pas moins de dix (10) violations par la loi HADOPI que ce billet sera très long.

Rappel : résumé du fonctionnement de la HADOPI.

La HADOPI institue une sorte de « permis à point » (à 3 points)  pour l’accès à internet. Des sociétés privées surveillent le réseau et, à l’aide de logiciels spécialisés, détectent des échanges des œuvres copyrightées dont ils ont la garde. Ils communiquent les IP concernés par cet échange (supposé être ceux de contrevenants) à la HADOPI, qui obtient auprès des FAI les identités des titulaires de la ligne associée. HADOPI notifie ces titulaires par E-mail qu’ils ont perdu un point sur leur permis. S’ils sont flashés une seconde fois, ils sont prévenus par lettre recommandée qu’ils ont perdu un second point. S’ils sont flashés une 3e fois, HADOPI transfère le dossier au tribunal qui entérinera la perte du 3e et dernier point, suite à quoi cet abonné sera interdit d’internet pendant un an, tout en étant tenu de continuer à payer l’abonnement. (plus de détails ici).

Comparons ceci avec les textes des droits de l’Homme. Pour chaque article je graisse la partie utile.

DUDH article 5

Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Je ne vais pas prétendre que couper internet est une peine cruelle. Ce serai insulter celle qu’on lapide pour adultère. Mais j’en appelle à l’article 8 de la DDHC qui stipule:

DDHC article 8 :

La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.

Ces deux articles demandent que la peine soit proportionnelle au crime. À l’heure où le numérique gagne tous les aspects de notre vie, bannir un citoyen de l’espace internet (qu’il devra continuer de payer) est une peine disproportionnée pour celui dont le fils a téléchargé trois chansons, ou qui a manqué à l’obligation de sécurisation de sa ligne.

DUDH Article 7

Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.

HADOPI ne protège que les ayants droit riches, qui peuvent se permettre de payer les sociétés privées en charge de la surveillance. Elle ne protège pas les bloggeurs et les photographes plagiés, les graphistes auteurs de police de caractère victimes de sociétés peu scrupuleuses, les artistes indépendants, les éditeurs de logiciels…

HADOPI ne va pas poursuivre tous les internautes, mais uniquement certains, selon le profil de leur IP (géo-localisation, FAI).

Article 10

Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.

Il n’est pas possible de contester la perte du premier ou du second point devant une cour indépendante. Tout juste est-il possible de faire valoir des remarques à la HADOPI. Quant à la perte du 3e point et la coupure internet, le parquet a déjà reçu la consigne de ne pas procéder à une enquête contradictoire pour vérifier les faits imputés, mais de donner lieu à la requête de la HADOPI sans autre forme de procès.

Article 11

1. Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.

Une fois son IP flashé, alors même que les logiciels, équipements et procédures de flashage n’ont donné lieu à aucune certification, ni vérification, ni audit par un tiers indépendant, ce sera au titulaire de la ligne de démontrer qu’il n’a pas piraté telle œuvre, ni été négligent dans la configuration de son ordinateur.

Article 12

Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

HADOPI envisage le filtrage sur les ordinateurs des particuliers (logiciel de sécurisation) ou le filtrage du réseau (DPI). Mais dès le présent, elle mandate des sociétés privées pour surveiller les échanges privés de fichier sur les réseaux P2P. Elle finance la mise au point de spécifications de logiciels espions (les SFH).

Et alors que la DUDH le réclame, la loi n’a rien prévu pour nous prémunir contre abus de la HADOPI.

Article 19

Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.

La HADOPI entend que chacun installe un logiciel de sécurisation qui bloque arbitrairement certains sites web, protocoles et logiciels. La  HADOPI bloquera et/ou punira celui qui télécharge  à l’étranger un fichier qui est légal là-bas (car tombé dans le domaine public plus tôt par exemple).

Article 22

Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l’effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l’organisation et des ressources de chaque pays.

Il a été établit clairement que le « piratage » ne nuit pas aux industries culturelles (musique, cinéma) ni à l’intérêt des artistes. Le partage est au par contre partie prenante du libre développement de la personnalité, et compatible avec l’organisation et les ressources du pays. Le citoyen est donc fondé à obtenir la satisfaction de ce droit culturel.

Article 26

1. Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.

Cet article m’inspire de dire que pour un élève sur internet, l’accès à la culture (musique, cinéma), aux œuvres (littérature, musique, peinture) et aux manuels scolaires doit être gratuit et non pas criminalisé, mais ce serait aller trop loin que de dire que l’éducation gratuite, même sur internet, soit incompatible avec le copyright. Elle est juste rendue plus kafkaïenne, c’est tout. Donc je ne compte pas l’article 26.

Article 27

1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.

Internet, ce « progrès scientifique »,  est là. Quel est donc le « bienfait qui en résulte »  sinon celui de pouvoir accéder et de partager librement et sans limite, aux idées, à l’information et à la culture ? Toute personne a donc le droit de participer à ces bienfaits, et non de les voir criminalisés à la demande d’un petit groupe de businessmen.

Article 29

2. Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.

Cet article explique que la loi ne saurait interdire que ce qu’il est strictement nécessaire d’interdire. Comme déjà évoqué, le partage ne nuit pas aux industries culturelles, et encore moins à la société en général. Il est contraire aux droits de l’Homme d’interdire une pratique qui ne nuit pas à autrui ni au bien être général.

J’ai gardé le premier article pour la fin :

Article 1

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Les biens numériques dématérialisés surpassent, ou sont sur le point de le faire, les biens sur support physique. On ne vous parle plus de livre ou de film, mais de contenu et de contenant. Si le partage et l’échange de fichier sont interdit, et bien c’est simplement le partage et l’échange de biens tout court qui devient interdit. À mon voisin, mon cousin, mon collègue, mon ami… À tous ces gens avec qui j’interagis dans le tissu de la société, je ne peux plus rien prêter, donner, partager avec… est c’est donc à la fraternité qu’on me demande de renoncer.

Conclusion.

Le lot numérique + internet est une machine à diffuser et copier mise dans les mains de chaque citoyen. Or diffuser et copier sont les deux choses que le copyright interdit. Maintenir ces lois nécessite de mettre en place un état policier sur internet, de la surveillance dans les maisons et dans les échanges privés. C’est une violation de l’article 12 de la DUDH. C’est là la théorie.

Mais en pratique, le tribut à payer est beaucoup plus lourd. Ce n’est pas moins de dix articles (sur 30) outrageusement piétinés : fraternité (article 1), proportionnalité de la peine (5), égalité devant la loi (7), droit à une défense équitable (10), présomption d’innocence (11), secret de la correspondance (12), liberté d’accéder aux idées et aux informations sans considération de frontières (19), satisfaction de mes droits culturels (22), droit de jouir des bienfaits du progrès (27), interdiction d’interdire sans nécessité impérieuse (29).

Faut-il donc jeter aux ordures un tiers des droits de l’Homme pour maintenir le régime du copyright dans une société dotée d’internet ? C’est bel et bien le chemin sur lequel la France s’est engagée…

Je ne sais pas vous, mais pour moi je comprend mieux maintenant l’émergence de partis pirates dans tant de pays, et leur message m’apparait sous un aspect nettement plus intéressant…

PS – Si vous êtes d’accord avec le contenu de cet article, alors ça vous plaira de savoir qu’un des nôtres, un internaute, poursuivi par les majors pour avoir échangé de la musique, va monter jusqu’à la CEDH réclamer l’annulation de sa condamnation. James Climent, c’est en pensant à toi que j’ai écrit cet article. Ce n’est pas vraiment comme si la CEDH statuait sur la légalité de la loi HADOPI, mais  tout de même, lecteur, si vous soutenez son combat, je vous en prie allez sur son site donner quelques euros pour aider financer sa défense (http://etpaflapuce.blogspot.com/).

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Tour du monde de la censure sur internet

Depuis 2002 que je voyage dans des pays tordus, j’ai toujours été choqué de voir des sites internet bloqués par la censure gouvernementale. Le gouvernement décide ce que ses citoyens ont le droit de voire et de lire.

Je croyais ceci limités aux pays non démocratiques, ou du moins, aux pays où le refus de la liberté individuelle est prôné, que ce soit par ses habitants ou ses dirigeants.

Aujourd’hui, la censure débarque en France (affaire stanjames.com). Pour célébrer la mise en place de la base de données collaborative sur la censure : CensorCheap.org, je vous propose mon modeste tour du monde de la censure.

Je commence en 2002 à Kuwait-City :

Blocage à Koweit de divers sites

Blocage à Koweit de divers sites

Je ne me souviens plus quels sites avaient ainsi été bloqués, sûrement du porno, faut bien dire la vérité.

Quelques années après, en Chine, je rencontre aussi de la censure.  Figurez vous que c’était mon site qui était censuré. Je n’ai hélas pas gardé de copie d’écran, et de toute façon ça me ferai perdre mon anonymat. Il n’y avait rien de méchant sur ce site (à cette époque), mais il était hébergé sur un fournisseur de domaine gratuit off-shore, et c’est plusieurs domaines entiers de ce fournisseur qui étaient bloqués. Donc : cas d’école de surbloquage.

Retour dans le Golf, en Arabie Saoudite.

Blocage en Arabie Saoudite (2006) du site y23.com

Blocage en Arabie Saoudite (2006) du site y23.com

Blocage en Arabie Saoudite (2006) du site penofchaos.com

Blocage en Arabie Saoudite (2006) du site penofchaos.com

Blocage en Arabie Saoudite (2006) du site pcimpact.com

Blocage en Arabie Saoudite (2006) du site pcimpact.com

Ces trois sites sont bloqués pour des raisons inconnues. PCImpact est un magazine informatique, y23 un site perso, et penofchaos.com des comiques inoffensifs. Nous avons clairement ici des exemples, soit de sur-blocage, soit de blocage abusif.

Notez que les censeurs utilisent le collaboratif eux aussi. Ils mettent à disposition des internautes deux formulaires : un pour dénoncer un blocage abusif et demander le déblocage, et un pour dénoncer un site néfaste, et demander son blocage. On est dans une sorte de gros logiciel de contrôle parental appliqué au pays tout entier.  Sans commentaire.

Les fameux formulaires:

Formulaire de déblocage (Arabie Saoudite, 2006)

Formulaire de demande de déblocage (Arabie Saoudite, 2006)

Formulaire de blocage (Arabie Saoudite, 2006)

Formulaire de demande de blocage (Arabie Saoudite, 2006)

On quitte le Golf pour le sous-continent Indien, encore un pays musulman (à croire qu’il y ait un rapport). Là nous sommes en 2010, en pleine affaire des caricatures du prophète sur Facebook.

Blocage au Pakistan (2010) du site Facebook (sur un accès normal)

Blocage au Pakistan (2010) du site Facebook (sur accès normal)

Blocage au Pakistan (2010) du site Facebook (sur un accès par IP)

Blocage au Pakistan (2010) du site Facebook (sur un accès par IP)

Je continuerai à remplir ce petit tour du monde au fil de mes voyages ou des témoignages.

Les amis : postez vos témoignages et vos copies d’écran!

En attendant, la suite du tour du monde sur CensorCheap.org.

Et pour les puristes : les prises d’écran sont lâchées sous licence CC-BY-SA Harpalos, sauf pour le Pakistan (double licence CC0+LPRAB). Par contre, les pages web, le visuel et logos des navigateurs, le fenêtrage et tous les éléments visibles sur ces scans sont tous © par leurs auteurs tous droits réservés (sauf le visuel de Firefox qui est sous une licence libre, je ne sais plus laquelle).

Mais Je vous incite à piller carrément ces droits : n’ayez pas peur, copiez, piratez , et diffusez ces scans autant que vous voulez.

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Elle refuse de partager son jeton de toilettes gratuit

Toilettes en pays émergent

Lorsque les toilettes des hommes sont sales ou mal disposées, je considère aussi que c'est autorisé d'aller chez les femmes.

L’autre jour j’étais au fast-food, à l’étage. Besoin d’aller aux toilettes : je prend le ticket qui contient le code.

Il faut vous dire que dans certaines villes de France, dans certains restaurants, les toilettes sont verrouillées, pour éviter que des passants qui ne sont pas consommateurs ne les utilisent. Il faut alors mettre une pièce, ou demander un jeton au comptoir, ou taper un code qui est inscrit sur le ticket de caisse, ou encore demander au vigile d’ouvrir.

Mais là, il n’y avait pas de code, et il fallait mettre ’20 centimes’ dixit l’affichage. Je me suis alors rappelé que sur ces monnayeurs, les jetons du comptoir marchent aussi. Mais j’ai la flemme d’aller à la caisse, et j’attends que quelqu’un en sorte. Après tout c’est l’heure de pointe.

Après pas même une minute d’attente, une MILF (une dame) se pointe, glisse un jeton, et se faufile pour entrer. Dans ma moralité à moi, un gars a le droit d’aller chez les filles lorsque les toilettes des hommes sont verrouillées. Tout sourire, donc, j’attrape la porte derrière elle.

Et ne voilà t-il pas qu’elle m’arrête. Je vous fais le dialogue, cité de tête:

- « Non, il faut payer

- Mais il faut partager dans la vie

- non, il faut payer, regardez (elle me montre le monnayeur)

- mais vous même n’avez pas payé, j’ai bien vu que vous avez mis un jeton. Regardez, je suis consommateur (je lui montre mon ticket)

- oui, il faut aller le chercher en bas

- de quoi ? Vous voulez que je descende aller chercher un jeton ? Vous ne voulez pas partager les toilettes ?

- Ah mais c’est chez les femmes, vous devez aller chez les hommes

- Mais enfin (avec emphase) vous ne voulez pas partager les toilettes !!!

- non, ici c’est les femmes. »

Là, j’ai abandonné.

Après je me suis dit que si j’avais eu ma bébé avec moi, elle n’aurait pas pu me vaincre avec ce stupide argument.

Alors même que je suis certain su’il n’est pas illégal pour un homme d’aller dans les toilettes des femmes, je suis tout aussi certain qu’elle n’hésite pas à traverser lorsque le feu piéton est rouge (parce-que je n’ai JAMAIS vu de français adulte attendre devant un feu piéton rouge lorsqu’il n’y a pas d’auto, sauf lorsqu’ils font la leçon aux enfants), et là, elle me fait des leçons de piratage de toilettes. Elle est pourtant contente lorsqu’elle a un pneu crevé sur la route de voir des gens qui s’arrêtent pour proposer d’aider.

Voilà, merci HADOPI. Avec la criminalisation du partage, les gens ne partagent plus ni leurs toilettes, ni leurs jetons gratuits.

La leçon a porté. Lorsqu’un pauvre hère me demandera de partager mon ticket de métro avec lui, je dirai oui…

Maintenant les amis dites moi. Est-ce moi qui suis space ? La ségrégation sexuelle dans les toilettes doit-elle avoir priorité sur le service à rendre à quelqu’un de lui éviter le déplacement d’aller chercher un jeton ? C’est à dire : avait-elle raison ?

Photo : Toilets at Троїцка orphanage. Many children share these two toilets which are simply holes above a cesspit; that’s not unusual at rural Ukrainian orphanages. They are outoors in a brick hut so it would be very cold and dark in winter. Licence CC-BY-SA  marktristan from Flickr

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La fin du disque laser, c’est pour quand ?

Là cette fois je vous parle du futur du disque. Ce truc rond en plastique.

Lorsque je dis disque, c’est disque laser (CD/DVD/blue Ray) mais surtout DVD.
On est tellement obnubilé par le piratage, que ce sujet est rarement évoqué, ou systématiquement analysé sous l’angle du piratage. Or, ci-dessous, je n’inclue dans mon propos que les pratiques légales.

La fin du disque (disque laser), c’est pour quand ? Il y a eu la fin des cassettes audio, la fin des microsillons, des vinyls. La fin des VHS me semble bien entamée. En tant que support informatique, il y a eu la fin des disquettes.
Je vois déjà dans les rayons des ordinateurs sans lecteur de CD. Lorsqu’on achète un lecteur de disque au supermarché aujourd’hui, il fait aussi divx sur carte multimédia pour moins de 30E. Ce prix pourrait certainement baisser de moitié s’il n’y avait pas de lecteur de disque. Le lecteur de divx sur carte MM pour salon, avec télécommande, gros comme le poing (faut la place pour la péritel…), c’est pour bientôt et ce sera beaucoup moins cher.

Celui qui achète un DVD aujourd’hui, a-t’il essayé la version divX du film sur carte MM? Ca tient dans la poche, on peut mettre en entier la saison entière d’une série, on peut emporter une dizaine de cartes en vacances, on se les échanges comme des billes avec les copains, ça ne se raye pas, ça ne fait pas des disc error, ça se sauvegarde (comme ça on peut le laisser dans la chambre des petits), ça se range avec les 15 autres films achetés cette année dans une boîte de la taille d’un gobelet, à côté du téléviseur…
Même avec la dématérialisation, les gens peuvent être attachés au support. Il n’y a pas que le streaming dans la vie, certains veulent avoir l’objet. Ce sera sur mon disque dur si je télécharge, mais pourquoi je ne peux pas aller au magasin et acheter mon film en divX sur carte MM au lieu de l’acheter sur DVD ?  (Avec une joli petite pochette cartonnée et un petit livret rikiki  de la taille du manuel du player mp3 pour parler du film, et un autre plein de pubs pour les prochaine sorties). A la place, ils ont inventé le Blue Ray. A mon avis, ils vont dans la mauvaise direction.

Ne pouvons nous prédire que dans quelques années, dans les salons, il n’y aura pas plus de lecteur de disque qu’il n’y a aujourd’hui de lecteur de vinyl ou de magnétoscope ? C’est sûr, toutes les générations ne sont pas touchées en même temps (j’en connais qui ont encore le magnétoscope).
Mais plus personne n’achètera de disque, non parce qu’ils téléchargent, mais parce-qu’ils en auront marre de ce support ringard, et parce-qu’ils n’auront plus de lecteur de toute façon.
La fin du disque est inéluctable, résultat de l’avancée de l’informatique, pas du piratage.
Le prochain format ? Le divX ou le streaming, j’hésite.

La suite est un refrain que l’on retrouve partout : en ne se positionnant pas sur les technologies d’avenir,  les majors se titanicisent eux-même
(du verbe Titaniciser = heurter un iceberg sur une longueur suffisante pour faire couler un insubmersible qui n’a pas assez de canots pour tout le monde). C’est déjà moche de se faire titaniciser, mais se titaniciser sois-même, c’est triste.

Lorsque je dis en ne se positionnant pas sur les technologies d’avenir, j’aborde un sujet largement exploré et débattu (DRM, délai de disponibilité arpès la sortie, richesse des catalogues, choix de langues…), donc inutile de développer.

(ce post est un double d’un message posté sur le forum du Parti Pirate en avril 2010)

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Les jeunes pirates sont là

Pendant que leurs parents se battent contre HADOPI, ACTA et autres monstres, les jeunes pirates s’organisent et se préparent à monter à l’attaque eux aussi.

Les jeunes pirates se préparent

Les jeunes pirates se préparent

Et ni les rochers ni la marée montante ne leur fait peur.

Ils n'ont pas peur des rochers

Pieds nu sur les rochers

photos CC-BY-SA PP/Harpalos

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Au-delà de 100MB, c’est interdit…

P2P

P2P

Je vais vous parler aujourd’hui de transfert de fichier et de P2P. Je vous préviens que je ne suis pas expert complet en P2P, et je risque donc de vous glisser des approximations, mais le propos général reste valable.

Ce problème m’est apparu lorsque j’ai mis sur mon site web, qui parle d’Histoire, des fichiers assez gros de 5 à 10MB, des scans de périodiques des années 1850, et que mes visiteurs se sont plaint qu’ils n’arrivaient pas à les télécharger. Soi-disant, avec ma box, la voie montante tourne autour de 40k/s.

Reprenons du début.
Lorsque vous voulez échanger des humeurs, quelques lignes de texte, vous envoyez un mail, ou vous postez dans un forum.
Lorsque vous voulez échanger plusieurs kO de données (1kO=1000 caractères), un petit texte mis en forme avec votre éditeur de texte, c’est encore par mail, mais en pièce jointe. Vous pouvez mettre en pièce jointe des fichiers un peu plus gros : quelques photos ou scans de 1MB chacun (1MB=1000kB), une petite chanson en mp3 enregistrée avec votre téléphone, une affiche que vous avez faite pour votre copain musicien qui fait la fête de la musique…
Si, au lieu d’échanger, vous voulez publier, ça marche aussi. Vous mettez ceci sur votre blog. Si vous êtes un peu plus technique, vous avez d’autres options : vous le mettez sur le petit espace web mis à votre disposition par votre FAI, ou sur votre propre PC sur lequel vous faites tourner un petit serveur web.
Ça va bien jusqu’à 5MB. Après, ça commence à coincer : les fichiers ne passent plus par mail. Vous avez du mal à uploader le fichier vers l’espace web, les visiteurs mettent longtemps à le télécharger depuis votre PC.
Lorsque le fichier devient un peu gros, vous avez besoin de passer à la technologie suivante. Par exemple le direct download (DDL). Le portail de votre FAI a peut-être un bouton « envoyer un gros fichier » qui vous permet de mettre un gros fichier sur un espace d’où il sera accessible par les autres. Si c’est pour échanger, dans le domaine privé, vous mettrez un mot de passe et seule la personne visée pourra récupérer le fichier. Concrètement, si vous voulez envoyer au cousin les 30 photos prises lors de son anniversaire, vous en faites un fichier unique ZIP de 30MB, que vous mettrez en DDL privé. Si c’est pour publier, par exemple les mémoires que votre grand-père a écrits sur la guerre, avec les photos qui l’illustrent, le tout dans un petit livret PDF de 50MB, vous le mettez sur un point DDL ou un espace web, et les visiteurs peuvent le télécharger.
Mais là, on est déjà limite. Vous allez vous y reprendre à plusieurs fois, et ça prendra toute la soirée, avant d’arriver à envoyer 50MB correctement sur le serveur.
Que faire lorsque le fichier devient plus gros ? Vous avez caméscopé vos vacances à Santorin, votre visite des lacs en Italie, votre séjour à l’île de Sercq… Avec un petit montage, un petit générique, vous en avez fait un film, que vous voulez diffuser en divx (300MB) et même un DVD avec menu sympa et musique traditionnelle pour les transitions (image ISO à 4.5GB=4500MB). Impossible de distribuer des fichiers aussi gros avec les méthodes de téléchargement classiques.
Une fois encore, vous devez passer à la technologie suivante : le P2P, par exemple torrent (il existe d’autres réseaux, comme Kad pour E-mule). Pour cela, vous installez un logiciel (appelé « client torrent »), vous cliquer sur « créer un torrent » et vous suivez les indications du logiciel. Le logiciel vous fait créer un petit fichier, le « fichier torrent » de quelques kB, qui contient les éléments d’identification de votre film. C’est ce fichier que vous diffusez et qui permet aux internautes de télécharger votre film avec, eux aussi, leur petit client torrent. Donc vous mettez le fichier torrent sur votre blog pour que les gens puissent le trouver. En quelques minutes (un peu plus la première fois), votre fichier, votre film est publié. Il faudra attendre quelques jours pour que votre film soit trouvable dans les moteurs de recherche. Et lorsque les amis et anonymes vont vouloir le télécharger, non seulement le téléchargement va se dérouler sans accrocs, mais en plus il ne va pas surcharger et saborder votre box et votre PC. Et si votre fichier plaît et que plus de gens encore le téléchargent, au lieu de poser des problèmes de congestion, au contraire, il en devient de plus en plus visible et disponible. Vous avez remarqué en outre que c’est gratuit.

Qui dit gros fichier, donc, dit P2P. Pour le système d’exploitation gratuit linux (700MB) et les quelques films dont les producteurs souhaitent une diffusion sur internet (« Sita sings the blues », « Steal this movie », « The Lionshare », la série TV « Pioneer one » (et prochainement le film d’horreur « The tunnel »), le P2P est donc le moyen utilisé, et le seul possible. Puisque ces œuvres sont gratuites, il n’est pas question d’acheter un CD ou un DVD, qui d’ailleurs n’est pas distribué en magasin. Il faut donc bien les diffuser sur internet. Si un jour les producteurs de cinéma décident d’utiliser internet pour diffuser leurs films, et réaliser ainsi l’économie de la fabrication du DVD et du réseau de distribution, c’est forcément par le P2P qu’ils devront passer.

Tout est donc parfait dans le meilleur des mondes. Vraiment ? Non, car pour fonctionner, le P2P a besoin d’une espèce d’écosystème. Il faut des logiciels clients torrent. Il faut des serveurs appelés « trackers » qui suivent les pairs, c’est à dire les « partageurs », pour que les internautes trouvent des accès au fichier. Il faut aussi des hébergeurs pour stocker les fichiers torrent, et il faut des moteurs de recherche qui permettent aux utilisateurs de retrouver les fichiers torrent à partir de mots clés (par exemple « Santorin » ou « pyramides »).

Cet écosystème existe, mais il est attaqué. Il y a vraiment des gens qui investissent du temps, de l’argent et toutes sortes de ressources pour faire fonctionner ces éléments, mais d’autres personnes veulent les arrêter. Non pas les arrêter comme on dit « les stopper », ils veulent les arrêter comme on dit « les mettre en prison ».

Nous l’avons vu, le P2P est la technologie idéale pour échanger et publier de gros fichier. C’est donc sans surprise qu’on découvre que c’est la technologie utilisée par ceux qui s’échangent des films de cinéma. Et pour cette raison : parce-que les pirates utilisent le P2P pour leurs échanges, les ayant-droit et leurs représentants veulent tout simplement interdire le P2P, faire fermer les tracker, les hébergeurs de torrents, les moteurs de recherche torrent, faire condamner les éditeurs de logiciels P2P et faire bloquer tous les protocoles P2P par les FAI ou des logiciel de sécurisation obligatoires.

Le pire, c’est qu’ils y parviennent. Les exemples ne manquent pas qui montrent que, sous la pression des lobbies, et aux antipodes de ce que dicterait la logique d’une analyse  technique, les jugent suivent les recommandations des ayants droit et acceptent d’abattre les différents éléments de cet écosystème. Les FAI des trackers sont menacés de prison (CB3ROB en mai 2010), les trackers sont interrompus (Bithack.lv en été 2008, Danger.lv en février 2009, OpenBitTorrent en mai 2010), les moteurs de recherche sont forcés à fermer (isoHunt en mai 2010). Les logiciels clients torrent sont aussi attaqués : la société éditeur du logiciel Limewire, a été reconnue responsable des violations de copyright perpétrées par les usagers du logiciel, et est menacée de fermeture (juin 2010).

Une mention spéciale pour « The Pirate Bay », qui est un moteur de recherche spécialisé dans les fichiers torrent. Son nom et son look « pirate » leur attire tous les utilisateurs de films en violations de copyright, et la colère des ayants droit qui n’ont de cesse de le trainer devant les tribunaux. La loi n’interdit pourtant pas de looker son business avec des décors Pirates… Un des plus gros possesseurs de propriété intellectuelle, Disney, est le premier à le faire avec leur attraction « Pirate des Caraïbes ». Il semble cependant que lorsque le  business en question est un moteur de recherche torrent, le look soit une raison suffisante pour être condamné.

Le P2P est une technologie qui répond principalement à un besoin légitime et légal, celui de partager et diffuser de gros fichiers. Les opérateurs qui permettent à ce système de fonctionner : FAI, trackers, moteurs de recherche, etc, n’ont aucun moyen de filtrer les fichiers libres des les fichiers copyrightés. En conséquence, les ayants droit et leurs représentants veulent en empêcher et interdire l’usage, purement et simplement.

Pour les ayant droits, les majors, la RIAA, l’ALPA, la SACEM et consorts, les outils permettant d’échanger de gros fichiers sont tous simplement illégaux par nature, et ils attaquent sans discrimination tous les éléments de l’écosystème. Pour eux, la technologie s’arrête à 100MB. Tant-pis si vous êtes un particulier ou un artiste ou un éditeur indépendant qui veut publier ses gros fichiers (dessins d’art, magazine électronique, logiciel, CD, albums photos), ou un producteur de films à diffuser sur les plateformes de partage. L’internet doit être plafonné à 100MB. Le soi-disant logiciel de sécurisation d’Orange vendu par Orange en mai 2010 ne fait que confirmer cet état d’esprit : c’était juste un logiciel qui bloque les clients P2P sur votre poste.

C’est pourquoi il est important de ne pas tomber dans le travers et ne pas soutenir la propagande ambiante qui dit que le P2P c’est mal, que le torrent doit être bloqué, que le soi-disant « usage légal » du P2P n’est qu’une excuse.

Lorsque les livres numériques seront massivement piratés à leur tour, ils seront certainement diffusés sous forme de fichiers PDF de quelques MB seulement. Plus besoin du P2P, les gens se les échangeront par E-mail. Ce jour là, serez-vous aussi d’accord pour dire que les pièces jointes c’est mal, qu’il faut fermer les serveurs de mail, que les logiciels de sécurisation devraient les bloquer, qu’il faudrait fermer les moteurs de recherches spécialisés PDF, que chaque PJ devrait être scannée par un logiciel HADOPI afin de vérifier qu’il ne contrevient pas au droit d’auteur d’autrui ?

Le copyright, c’est bien gentil, mais là, ça m’empêche de vivre. Est-ce possible qu’une minorité de groupes privés, englués dans leur immobilisme, nous empêcher d’utiliser à plein les merveilles que la révolution du numérique met à notre disposition ? Ce serait de l’obscurantisme technologique…

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