Alors qu’en ce jour le Sénat entérine définitivement la loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, trop peu de monde s’inquiète d’une dérive liberticide en un domaine attaqué de toutes parts depuis quelques années: Internet. Après les paris en ligne, après les téléchargements culturels, on s’attaque à ce qui est vraiment le cœur du sujet: la peur ultime de chacun, que son enfant se fasse violer et que son métro explose. Le doute sur le filtrage a été instauré dans la tête de tout le monde: ceux qui parlent de « presque neutralité » ont déjà fait couler le concept pourtant simple de neutralité.

 

Une fois que tous les électeurs niais auront vu que le filtrage c’est vraiment bien puisqu’en plus de se protéger de soi-même ça nous protège des autres, ça pourra s’étendre à tous ces vices de l’Homme que bon nombre de bien-pensants aimeraient anéantir: produits psychotropes, velléités politiques rebelles … « dépolluer » toute conception marginale, voilà l’objectif ! Sarkozy a promis la sécurité à tous, même s’il y aura toujours des endroits que l’Etat ne pourra investir: il faut à tout prix que l’électeur voit ses efforts en la matière, même si pour cela « il faut expérimenter sans délais des dispositifs de filtrage ». De même, l’effort paraît international pour instrumentaliser la pédopornographie à des fins bien moins reluisantes que les bonnes moeurs.

Sa « génération » clame haut et fort que « la sécurité est la première des libertés », oubliant qu’au contraire c’est la liberté qui est la première des sécurités. Qu’on explique aux parents les tenants et les aboutissants d’Internet, qui n’est qu’un outil au service de l’humain plus perfectionné que tout autre, et ils comprendront qu’il est aussi multiple que la vie matérielle. Les enfants ne doivent pas monter dans la voiture d’un inconnu, ils ne doivent pas ouvrir des livres qui ne pourraient que les choquer, ils ne doivent pas se balader tout nus en public. Cela peut sembler très simple, mais ça ne l’est pas: un enfant, ça se surveille en permanence.

Pour autant, qui voudrait attacher une laisse, une muselière et des œillères à sa descendance ? Personne. Qui voudrait d’une caméra dans sa chambre-à-coucher ? Personne. Néanmoins, il est faux que « seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher ont quelque chose à cacher ». C’est bien pourquoi il doit en être de même sur Internet: oublier le danger derrière une censure bien-pensante ne fait que l’amplifier; la seule solution est de s’attaquer aux sources du problème. Filières terroristes et pédophiles ne disparaîtront pas en se contentant de les camoufler derrière une vulgaire page d’erreur. Il faut agir sur le terrain, car à l’heure de la mondialisation on ne peut plus ériger des barrières qui ne représentent plus qu’une ultime parade d’Etats-nations impuissants.

Le filtrage ne peut pas être une solution aux problèmes d’Internet, ou même au « problème Internet »: ce n’est qu’un miroir du quotidien d’une société globalisée où ses membres ne voient pas toujours les formidables possibilités qu’offrent la liberté. Liberté de pensée, d’expression, de communication, d’entreprendre enfin. Car, contrairement à ce qu’affirment les entreprises monopolisant actuellement ce secteur, le filtrage ne fait que ralentir l’économie en restreignant l’accès à une innovation réellement cruciale. Qui peut aujourd’hui refuser de croire au superbe potentiel financier d’un acteur majeur du partage culturel comme YouTube, alors même qu’il répond parfaitement aux critères d’entrée sur une liste noire de la censure ?

En vérité, c’est désormais l’heure d’expliquer à tous qu’Internet n’est qu’un espace où chacun doit prendre ses responsabilités. Inhérents à tout droit, les devoirs engagent l’individu: il est aussi important de rétribuer la création que de participer à sa diffusion, afin qu’on ne tente plus jamais d’infantiliser les internautes.

R.FLORES

le 07/09/2010